Qui du citoyen ou de l’électeur?

Si ce n’est déjà fait, ce n’est qu’une question de temps avant que vous ne voyiez à la télévision le message du premier ministre Alward qui nous entretient sur le thème Rebâtir le Nouveau-Brunswick. Mais au fait, est-ce le premier ministre qui s’adresse aux citoyens, ou le chef du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick qui s’adresse aux électeurs?

La production de ce message publicitaire est impeccable. L’image est on ne peut plus claire, le ton on ne peut plus optimiste.

Rebâtir le Nouveau-Brunswick occupe déjà une place importante sur le site web du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Il se joue sur deux volets: rebâtir les soins de santé et suivre une stratégie de croissance économique.

Habituellement, quand on parle de reconstruction, la création d’emplois est intimement liée à l’activité de reconstruire. Pourtant, ce qu’on a entendu du PDG du Réseau de santé Vitalité c’est plutôt le contraire: il y aura 400 emplois, à moyen et à long terme, qui seront éliminés s’il parvient à mettre en œuvre ses intentions.

Il est tout à fait possible que les soins de santé puissent être dispensés de manière plus judicieuse. La Société médicale du Nouveau-Brunswick a travaillé à fournir des suggestions sur les moyens selon lesquels il serait possible d’améliorer les soins de santé sans pour autant dépenser plus d’argent. Nul n’est besoin de s’entretenir très longtemps avec des professionnels du milieu de la santé, cependant, pour constater leur désarroi face aux compressions de personnel envisagées. La prétention d’améliorer, ou à tout le moins maintenir, une qualité des soins de santé avec 400 personnes de moins engendre beaucoup de scepticisme, tant chez les citoyens que chez les professionnels de la santé.

Revenons au message télévisé. La présentation du message ressemble à s’y méprendre au modèle connu d’une publicité de campagne électorale. M. Alward y apparaît en chemise et cravate, sans veston. Le message que sous-tend l’image: il travaille fort. À quoi s’occupe-t-il? À rebâtir le Nouveau-Brunswick. À quoi sert cette publicité? À nous informer? Pas vraiment: en écoutant le message, on ne peut apprendre à quelle étape de la reconstruction du Nouveau-Brunswick nous sommes rendus. Cette reconstruction, elle est à venir. Quand? Bientôt. À quelle condition? À condition de travailler fort, comme les citoyens du Nouveau-Brunswick en ont démontré la capacité…

Le message télévisé nous rappelle aussi que le gouvernement Alward voit l’avenir du Nouveau-Brunswick comme une plaque tournante de l’énergie en Amérique. C’était aussi le rêve promis par le régime précédent… La publicité insiste en nous présentant presque en boucles des images de la raffinerie de Saint-Jean. L’impression est ainsi créée que le secteur industriel au Nouveau-Brunswick est en effervescence.

Peu de statistiques sont citées dans le message de M. Alward. C’est sans doute qu’elles sont rares ces statistiques qui appuieraient le message qu’on veut passer.

Des images qui veulent créer une bonne impression, tant du premier ministre de la province qui en arrache dans les sondages, que de la province, qui en arrache dans les statistiques sur l’emploi et la croissance économique.

Il n’y a pas de doute que la publicité veut redorer le blason du gouvernement et de son chef, le premier ministre. Nous ne critiquerions pas ce message s’il était payé et diffusé en tant que message partisan par le Parti progressiste-conservateur. Ce qui dérange dans cette publicité, qui ne comporte aucune information utile pour le citoyen, réside dans le fait que ce sont les contribuables du Nouveau-Brunswick qui paient pour redorer le blason d’un parti à un an des élections. Le message, en fait, ne s’adresse pas aux contribuables ou aux citoyens. Il s’adresse aux électeurs qui choisiront le prochain gouvernement dans un an. Si le parti du premier ministre veut refaire son image, qu’ils puisent dans les fonds du parti, plutôt que dans les fonds publics.