De l’auto à l’autocar

Plusieurs d’entre nous n’y croyaient plus. Ils sont pourtant de retour. Les autocars circulent à nouveau dans le nord-est de la province, jusqu’à Campbellton. Le service n’est pour l’instant pas très utilisé. Mais au moins, il est désormais offert. À la population de se l’approprier.

Pendant des années, la vue des autocars d’Acadian Lines s’arrêtant aux dépanneurs Irving du coin a fait partie du paysage néo-brunswickois. Ceux-ci roulaient à travers une bonne partie de la province. Le modèle d’affaires privilégié par la compagnie et le gouvernement provincial était le suivant: Acadian possédait un monopole provincial. En échange, elle utilisait une partie de ses profits gagnés dans les routes plus payantes (ses trajets entre les grandes villes du Sud et des Maritimes) pour offrir aussi le service dans les régions plus éloignées du Nord, même si ces trajets ne sont pas rentables.

À la longue, Acadian Lines en est venue à la conclusion que le jeu n’en valait pas la chandelle. Maritime Bus a pris la relève dans les marchés les plus rentables, avec une promesse de tenter une incursion dans le Nord quand le bon moment sera venu. Plusieurs étaient sceptiques.

Mais voilà, le président, Mike Cassidy, est un homme de parole. Depuis le début de la semaine, ses autocars ne virent plus de bord à Miramichi. Ils poursuivent désormais leur route jusqu’à Bathurst et Campbellton.

M. Cassidy n’a toutefois pas l’intention de subventionner quoi que ce soit. Défricher un nouveau marché est une chose. Mais il est un homme d’affaires et son objectif premier est de rentabiliser son entreprise. Personne ne l’en blâmera.

Le président de Maritime Bus a mis cartes sur table. Il a besoin d’une moyenne quotidienne de 40 passagers et de 30 colis. La partie n’est pas gagnée d’avance. Lors de la première journée où le service a été offert, il n’y avait aucun client à Campbellton et une poignée seulement à Bathurst. Nous sommes loin du compte.

Il aurait été toutefois illusoire de penser que des dizaines de personnes allaient attendre les autocars sur le bord de la route dès le premier jour. Le marché doit être développé. La bonne nouvelle, c’est que Maritime Bus ne se serait pas lancée dans cette nouvelle aventure si elle ne croyait pas en ses chances de succès.

La liaison est en période d’essai pour quelques mois. D’ici là, le gouvernement devra décider quel rôle il veut jouer pour assurer le succès du service. Ne nous contons pas d’histoires: si Maritime Bus finit par baisser les bras, personne d’autre ne voudra s’y casser les dents. La cause sera entendue.

Fredericton devra étudier la possibilité de subventionner d’une façon ou d’une autre le service, particulièrement si les liaisons devaient s’avérer non rentables. Il existe quelques options. Par exemple, le gouvernement pourrait investir dans des efforts de marketing pour mieux vendre le service. Une autre possibilité est l’achat de sièges qui permettraient d’atteindre la moyenne de rentabilité de Maritime Bus. Ces places pourraient être offertes à rabais ou gratuitement à des démunis ou à des personnes qui doivent se rendre à Moncton ou à Saint-Jean pour y être soignés.

Subventionner le transport, une hérésie? C’est oublier que ça se fait déjà. À Gagetown et à Belleisle, le gouvernement provincial offre un service de traversier pour réduire la distance que doivent parcourir les automobilistes. Le gouvernement Graham a tenté de mettre fin à l’initiative en 2009 (parce que – eh oui! – non rentable), mais a dû reculer face à la grogne de la population.

Par ailleurs, les gouvernements provincial et fédéral jonglent présentement avec l’idée d’investir des dizaines de millions de dollars pour améliorer l’état de la voie ferrée qui lie Moncton et Bathurst, afin d’éviter qu’elle soit abandonnée par le CN. Et ne parlons pas des milliards de dollars qui ont été investis au cours des années dans les grandes villes du monde pour construire des métros.

La liaison Campbellton-Bathurst-Moncton doit être un succès. Les usagers devront être au rendez-vous. Le gouvernement aussi.