L’incompréhensible incompréhension

Hier, à la page 6 de notre édition, vous avez sans doute lu les propos de Marie-Claude Blais, ministre de la Justice et procureure générale du Nouveau-Brunswick, qui affirmait que pour le gouvernement Alward «la défense des droits des minorités de langue française et de notre communauté francophone au Nouveau-Brunswick est quelque chose qui est primordial pour notre gouvernement.» Il faut cependant distinguer, croyons-nous, les intentions proclamées du gouvernement de ses actions.

Nous sommes tout à fait disposés à croire qu’il est primordial pour le gouvernement de défendre les droits des minorités de langue française. Après tout, dans le cadre des lois et des politiques sur le bilinguisme au Canada, c’est le rôle du gouvernement. Et quant à Madame Blais, en tant que francophone, nous n’avons pas de raison de croire qu’elle n’exprime pas ses convictions.

Ce que nous avons de la difficulté à réconcilier, ce sont tant les convictions de Madame Blais que l’affirmation du gouvernement à propos de sa volonté de défendre ses droits et les résultats du rapport final de la Commission sur la délimitation des circonscriptions électorales du Nouveau-Brunswick. Comme la SANB et l’Association francophone du Nouveau-Brunswick, nous sommes d’avis que dans certaines circonstances la Commission aurait dû invoquer l’opinion de la Cour suprême du Canada portant sur la représentation effective des communautés linguistiques, par exemple le cas de Memramcook, ou sur les communautés d’intérêts, comme dans le cas de Saint-Isidore.

Quant au premier ministre David Alward, il s’est empressé de défendre la Commission en déclarant qu’il soutient son travail. Pourtant, comme chef d’un gouvernement officiellement bilingue, est-ce que sa priorité et son privilège de décision ne devraient-ils pas se porter à la défense de la représentation effective des communautés linguistiques et des communautés d’intérêts évidentes, dans certains cas?

Ce qui est rassurant dans les propos du premier ministre, c’est d’apprendre que la SANB, lors de la rencontre du 14 aout, a soulevé «des inquiétudes» (nous aurions préféré son opposition) quant aux nouvelles limites de certaines circonscriptions. Il y a une marge importante entre se rendre compte que la SANB manifeste des inquiétudes et comprendre le fondement des inquiétudes qui ont été exprimées. On peut entendre sans comprendre. On peut entendre sans écouter.

S’il est vrai, comme le déclarait le premier ministre, que tous les députés ont soutenu le changement de la carte électorale en votant pour la loi, il oublie de mentionner que ce vote a été tenu avant, évidemment, les travaux de la Commission. Dans la loi que même les députés d’opposition ont appuyée, n’oublions pas que les principes de la représentation effective et des communautés d’intérêts y étaient inscrits. La Commission a choisi de les ignorer. De ne pas se prévaloir des exceptions qu’elle aurait pu considérer. Le rapport final de la Commission n’a pas été soumis à l’approbation des députés. D’ailleurs, la loi ne prévoit pas une telle étape. Mais nous sommes pratiquement certains que si ce rapport avait dû être accepté par l’Assemblée législative, il n’y aurait pas eu unanimité. Et pour cause.

Il est difficile de comprendre que le gouvernement ne voit pas, ne comprend pas comment, par exemple, le fait que Memramcook se retrouve dans la même circonscription que Sackville est une entrave à la représentation effective de cette communauté linguistique. Difficile aussi de comprendre que le premier ministre n’ait pas contredit les propos de la coprésidente de la Commission quand elle a affirmé que la langue n’avait rien à voir là-dedans, en parlant du redécoupage des circonscriptions électorales. Par ses propos, Mme Hébert-Hollies balançait par-dessus bord la représentation effective des communautés linguistiques.

Vous comprendrez sans doute que nous ne comprenons pas que le gouvernement ne comprenne pas la nécessité de mettre en œuvre les principes de la représentation effective et des communautés d’intérêts.