L’embarras syrien

Hier, le premier ministre Harper s’est entretenu avec le président Barack Obama sur la situation politique et sociale en Syrie. Selon les rapports de presse, l’entretien a été bref. Le gouvernement Harper n’a pas offert de précision sur l’action qui est envisagée contre le régime du président Bashar al-Assad.

Il y a une semaine, quand les premiers éléments d’information en provenance de l’opposition en Syrie ont fait état de bombardements aux armes chimiques par le gouvernement de Bashar al-Assad, les rapports de presse étaient prudents: la plupart des dépêches des agences de presse en parlaient au conditionnel (il y aurait eu utilisation d’armes chimiques). Le bilan des morts était aussi prudent: les premières dépêches rapportaient «une centaine de morts».

Cette semaine, le portrait de ces attaques est plus clair: tout indique que l’utilisation d’armes chimiques a bel et bien eu lieu. Le nombre de victimes a été revu considérablement à la hausse. D’une centaine, on parle maintenant d’un millier de victimes, quoi que le chiffre varie énormément selon les sources.

Il y a un an, nous avions déploré que la communauté internationale fût paralysée par les règles d’intervention qu’elle s’est donnée. Plusieurs milliers de morts plus tard, le compte des familles déplacées s’est considérablement gonflé: un million d’enfants sont maintenant réfugiés dans les camps aux frontières de la Syrie, certains orphelins, d’autres emmenés par leurs parents.

Bien qu’à quelques reprises depuis un an les chefs d’État des pays du bloc occidental aient mentionné du bout des lèvres le conflit syrien, l’attaque aux armes chimiques a réveillé les consciences politiques. Pourtant, des dizaines de milliers de personnes, militaires, hommes, femmes et enfants ont continué à être massacrées par des armes conventionnelles, pendant la parade diplomatique des arguments de la non-intervention entendus depuis le début du conflit syrien. L’utilisation des armes chimiques a projeté son éclairage sur les conséquences de l’inaction de la communauté internationale en Syrie. Embarrassée, la communauté internationale juge soudainement urgent d’agir, comme s’il n’y avait pas eu urgence depuis deux ans.

La communauté internationale fait maintenant face à un sérieux dilemme. Depuis deux ans on a été en mesure de constater jusqu’où Bashar al-Assad est prêt à se rendre pour se maintenir au pouvoir. Israël a maintes fois manifesté son inquiétude à propos de la possession syrienne importante d’armes chimiques, craignant que cet arsenal ne la vise. Eh bien, c’est contre son propre peuple, comme Saddam Hussein l’avait fait contre les Kurdes, que Bashar al-Assad a utilisé son arsenal d’armes chimiques.

Mais l’arsenal d’armements de la Syrie est vaste: partout sur son territoire le régime de Damas a déployé des lance-missiles. Il dispose aussi d’une armée de l’air bien équipée, grâce à ses achats importants d’armes et d’avions en Russie. Le président syrien a été clair: toute tentative d’intervention sur son territoire enclenchera le déploiement de toute sa capacité militaire contre toute tentative d’invasion.

L’importance de l’armement détenu par la Syrie fait craindre les conséquences d’une intervention militaire internationale qui serait déployée sur le territoire syrien. Les troupes internationales seraient exposées à un feu nourri de plusieurs provenances. C’est pourquoi l’intervention qui se discute actuellement entre Washington, Londres, Paris et Ottawa, pour ne nommer que ces capitales du bloc occidental, considère d’abord et avant tout une attaque aérienne qui ne mettrait pas en danger exagéré les troupes internationales qui seraient engagées dans une attaque contre la Syrie.

Les esprits sont échauffés sur la question syrienne. Bien sûr, il faut mettre un terme à ce massacre de la population civile. Mais l’urgence était tout aussi pressante avant les attaques du 21 août dans des quartiers de Damas. L’exemple de l’effroyable guerre en Irak, qui n’a absolument rien réglé, devrait servir de guide aux chefs d’État qui planifient d’attaquer la Syrie. Il ne suffit pas d’avoir un plan d’attaque militaire, il faut aussi savoir comment ramener la paix, un exercice que la communauté internationale ne semble pas maîtriser quand on considère ce qui se passe actuellement en Irak et en Afghanistan.