Le choix des armes

Le suspens en attendant le discours à la nation de Barack Obama s’est considérablement détendu lorsque le président russe, Vladimir Poutine, le seul réel allié du président syrien, Bashar al-Assad, a exhorté celui-ci à remettre ses armes chimiques à la communauté internationale. Comme il y a encore loin de la coupe aux lèvres entre accepter en principe de remettre les armes et les livrer, le président américain a quand même tenu à prononcer son discours, à prévenir la Syrie que les États-Unis s’assureront qu’elle respecte son engagement.

Le président américain a tenu à rappeler à son peuple les motifs qui ont mené à la prohibition des armes chimiques. Il a rappelé que des milliers de soldats américains ont été tués par des armes chimiques durant la Première Guerre mondiale, et que c’est par des gaz que durant la Seconde Guerre mondiale les nazis ont créé l’holocauste. Rappelant les images troublantes qui montraient les civils, hommes, femmes et enfants, victimes des armes chimiques déployées par al-Assad, Barack Obama a précisé que les armes chimiques ont été bannies parce qu’elles tuent sans discrimination les militaires comme les civils, les hommes, les femmes, comme les enfants.

Il est quand même assez ironique que les Américains se posent en gardiens de la morale humanitaire du monde moderne. Après tout, c’est le seul peuple à avoir utilisé la bombe atomique. Et lorsque les États-Unis ont lâché sur Nagasaki et Hiroshima des bombes atomiques, les victimes ne se sont pas comptées en centaines, mais en millions, sans discrimination… C’est un fait historique que le président américain a pris bien soin de ne pas rappeler au souvenir de son peuple. Et pour cause: c’est sans doute la tache la plus noire de l’histoire de l’Amérique, vous en conviendrez. Et puis, rappelons-nous que lorsque les Américains cherchaient en Irak des armes chimiques, ils n’ont pu cacher le fait que c’était eux qui les avaient fournies à Saddam Hussein lorsque celui-ci menait une guerre contre l’Iran.

Pour les gens pacifiques, et pour toute civilisation qui aspire à la paix, l’usage des armes, quelle que soit leur nature, devrait être prohibé. Mais nous ne verrons pas un tel monde de notre vivant. En attendant le triomphe de la paix, il n’y a pas de doute que la prohibition des armes chimiques devrait être rigoureusement appliquée. Il est cependant malheureux que la communauté internationale se soit éveillée seulement lorsque le régime du président al-Assad a eu recours aux armes chimiques.

Dans son discours, le président Obama a résumé en quoi consisterait une intervention américaine en Syrie: une attaque ciblée qui déstabiliserait le régime d’al-Assad et qui non seulement le dissuaderait d’utiliser de nouveau des armes chimiques, mais qui détruirait la plupart de son arsenal. Si les États-Unis sont convaincus que leur intervention en Syrie serait efficace pour freiner la folie meurtrière du régime syrien, on peut se demander pourquoi une telle intervention n’achèverait pas l’objectif de dissuader al-Assad de poursuivre le massacre de la population civile de son pays.

Ce qui est insidieux dans la situation actuelle, c’est le message tacite qu’on envoie à la Syrie, fort troublant. Dans le contexte actuel des négociations entre les chefs des diplomaties américaine et russe, on se concentre sur l’identification et le dénombrement des armes chimiques en possession d’al-Assad, et des procédures de reprise de l’arsenal. Tant que la Syrie n’utilisera pas les armes chimiques, al-Assad n’aura pas à craindre que le ciel lui tombe sur la tête; il pourra continuer à massacrer son peuple en toute impunité.

Hier, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a laissé entendre qu’une seconde rencontre aura lieu à Genève. Les discussions de la seconde rencontre iraient au-delà de la possession des armes chimiques: on tenterait d’établir un processus de paix en Syrie. Pourquoi avoir attendu si longtemps?