Protéger notre golfe

Depuis plusieurs années, l’industrie pétrolière et gazière s’intéresse au potentiel que pourrait offrir le golfe du Saint-Laurent. Si, au Nouveau-Brunswick, il y a longtemps que nous n’avons pas abordé cette question, aussi importante soit-elle, au Québec, particulièrement en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, plusieurs groupes suivent de près et depuis longtemps les consultations et les discussions sur l’exploitation gazière et pétrolière dans le golfe. Nous devrions, nous aussi, au Nouveau-Brunswick, faire preuve de vigilance.

Le golfe du Saint-Laurent est un écosystème extraordinaire, unique. Il est riche tant sur le plan biologique que sur le plan géologique. On retrouve rarement dans un écosystème comme celui du golfe une variété aussi importante d’espèces marines, et une flore sous-marine aussi diversifiée. Mais nous nous sommes très mal occupés de ce trésor naturel. Pendant longtemps, nous nous sommes servis du golfe comme d’une poubelle: c’est l’un des plans d’eau où on retrouve une des plus fortes concentrations de détritus de matières plastiques, qui proviennent de ce que l’on jette par-dessus bord. Comme ce fut le cas de la morue des Grands Bancs, nous avons surexploité la morue et la plupart des espèces de poissons de fond qui y vivent, au point de les amener au bord de l’extinction. Parce que la morue en était un prédateur important, depuis le déclin des stocks de morue, les populations de crabe et de crevette ont explosé depuis le milieu des années 1990, au point de représenter aujourd’hui l’épine dorsale de la pêche semi-hauturière dans le golfe.

Il y a déjà une quinzaine d’années que des sociétés d’exploration cherchent à étendre leurs activités dans le golfe du Saint-Laurent. Vers la fin des années 1990, une consultation auprès des divers intervenants et des communautés adjacentes au golfe avait été lancée pour considérer l’exploration par impulsion sismique. Le plan d’exploration sismique couvrait certains bancs de pêche importants de crabe dans le sud du golfe et où des populations de poissons de fond tentaient de se remettre de la surpêche. L’industrie des pêches des quatre provinces ayant un versant dans le golfe, touchées directement par un tel projet, s’était vigoureusement opposée à l’initiative. L’industrie pétrolière et gazière avait dû écarter de ses plans d’exploration de larges portions du golfe.

Les partisans de l’exploration n’ont pas abandonné pour autant leur volonté d’étendre leurs activités dans le golfe. Ils ont mené une campagne de lobbying plus discrète auprès des autorités politiques, lesquelles semblent tranquillement se rendre aux arguments de l’industrie gazière, malgré une opposition populaire assez marquée.

À cause des règles qui s’appliquent dans la délimitation des territoires sous-marins quand il s’agit de ressources sous-terraines, si jamais l’exploitation gazière et pétrolière se développait dans le golfe, le Nouveau-Brunswick serait pratiquement écarté: nous n’aurions de juridiction que sur la partie sud de la baie des Chaleurs et de la moitié occidentale du détroit de Northumberland. Nous ferions certainement figure de parents pauvres dans le dossier.

Notre vigilance, cependant, devrait être motivée par notre souci collectif de protéger les ressources et les régions marines dont dépend une importante proportion des débarquements de nos pêcheurs.

Il ne s’agit pas nécessairement de s’opposer aveuglément à toute activité reliée à l’exploitation gazière ou pétrolière, mais bien de s’assurer de ne pas tenir pour acquises les assurances que prétend offrir l’industrie pétrolière à propos de la sécurité de ses activités en milieu marin. British Petroleum (BP) avait les mêmes prétentions avant l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, comme on pouvait le lire hier dans le journal. L’industrie des pêches du golfe ne peut se permettre de prendre de risques: elle ne se relèverait jamais d’une catastrophe engendrée par un déversement important, l’écosystème y est trop fragile. Et c’est pour cette raison que les intervenants de tout l’est du Nouveau-Brunswick devraient faire preuve de solidarité avec les groupes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.