Freiner le déclin

Quand le gouvernement Lord avait annoncé la fermeture d’hôpitaux et la compression du nombre de lits, l’hôpital de Saint-Quentin n’avait pas été épargné. C’était une décision étonnante, révoltante, diront certains, que de fermer un hôpital à un endroit qui dessert toute une région autrement isolée. Le gouvernement s’était ravisé et il s’était rendu aux arguments logiques qu’on lui avait présentés, reconnaissant la situation géographique particulière de la région, une situation qui exige des mesures tout aussi particulières pour répondre aux besoins de ses communautés.

Dans son exercice de compression des dépenses, le gouvernement Alward compte abandonner le service judiciaire au Palais de justice de Saint-Quentin. Les gens de Kedgwick, Saint-Quentin, Saint-Martin et des environs devront se rendre à Campbellton, à Edmundston ou à Grand-Sault. Plutôt que de faire voyager son personnel, qui a droit à des frais de voyage, le ministère de la Justice fera voyager la population, sans lui rembourser ses frais, bien entendu.

Les arguments présentés par le gouvernement pour abandonner le Palais de justice de Saint-Quentin sont du même acabit que ceux qui ont prévalu dans le cas de Richibucto. Désuétude de l’édifice sur le plan des normes de sécurité, diminution des cas traités, nécessité de déplacement du personnel, en somme, tous des arguments qui étayent la problématique vue de la perspective du gouvernement. On peut difficilement trouver dans le discours du gouvernement une empathie quelconque pour la population du Nord.

Les gens de la région de Saint-Quentin sont patients. Ils ont au moins réussi à attirer l’attention du premier ministre sur la question. M. Alward leur aurait manifesté la volonté d’écouter leurs recommandations. Il reste à voir si cette ouverture est authentique ou si elle ne constitue qu’une façon de gagner du temps.

Normalement, un investissement, somme toute mineur, pourrait permettre de rétablir aux normes de sécurité d’aujourd’hui le Palais de justice de Saint-Quentin. Et puis, est-il vraiment nécessaire d’avoir des installations conçues pour résister à des attaques armées? On peut en douter quand la nature des accusations traitées dans une telle cour est, dans la très grande majorité des cas, constituée d’infractions mineures ou des questions de droit civil. Pour les rares fois où des mesures de sécurité musclées sont nécessaires, le ministère pourrait alors déplacer les audiences aux palais de justice avoisinants qui sont conformes aux normes de sécurité adéquates pour les cas plus corsés.

Mais comme le gouvernement cherche toutes les occasions, tous les prétextes et toutes les opportunités pour économiser, il préfère, évidemment, cesser ses activités et, c’est le cas de le dire, envoyer promener la population. Quand, en campagne électorale, M. Alward promettait un changement dans la gestion des affaires publiques, l’électorat n’envisageait pas le style de gestion qui préconise l’abandon de services dans les régions rurales. Bien sûr, quand on est dans un bureau à Fredericton et que l’on consulte une carte routière, se déplacer de Saint-Quentin vers Edmundston, Campbellton ou Grand-Sault semble si facile…

Dépouiller une communauté de services c’est lui envoyer le message qu’on n’entretient pas d’espoir de la voir croître et prospérer. Au contraire, on affirme par décision et geste interposés que la région est inexorablement appelée à décliner, à vivoter en attendant l’ultime issue, celle de la fermeture définitive de la région. Abandonner des services dans une région comme Saint-Quentin et Kedgwick, c’est taxer davantage la population, en temps et en ressources. Le réseau routier a beau avoir été amélioré, il est encore loin du statut d’autoroute qui faciliterait les déplacements pour avoir accès au service qu’on éloigne de la communauté.

Il serait très facile pour le gouvernement d’accommoder la population du Nord. Qu’il cesse donc de considérer les régions rurales comme un poids fiscal dont il faut se débarrasser.