Un an pour changer

Ça ne tourne pas rond dans l’univers de la politique néo-brunswickoise depuis un certain temps déjà. Dans un passé pas si lointain, quand un premier ministre accédait au pouvoir, il pouvait s’y installer confortablement. Certains y demeuraient pendant toute une génération. Cette époque semble bien révolue. Bernard Lord a été réélu de justesse pour un deuxième mandat, avec une majorité d’un seul siège, avant de se faire montrer la porte. Shawn Graham n’a tenu que quatre ans et son successeur, David Alward, est bien mal parti pour faire mieux.

Le principal intéressé semble d’ailleurs partager notre avis. Depuis le début du mois, M. Alward s’affaire à reconstruire son équipe pour échapper aux pronostics. Il a fait une place à Roger Clinch et Daniel Allain dans sa garde rapprochée, a joué à la chaise musicale avec ses sous-ministres et a procédé, jeudi matin, à un important remaniement ministériel. Tout ça à un an des élections.

Le premier ministre a compris qu’à la lumière des derniers sondages, le temps joue désormais contre lui et sera un redoutable adversaire. Même si son bilan – économique surtout – n’est pas des plus favorables et que les indicateurs financiers pointent tous – ou presque – dans la mauvaise direction, le vent de mécontentement ne souffle pas trop fort sur la province, du moins il est sans aucune mesure avec ceux qui ont chassé Bernard Lord (l’assurance automobile) ou Shawn Graham (la vente avortée d’Énergie NB) du pouvoir. Les électeurs semblent simplement fatigués des mauvaises nouvelles et attendent des raisons d’espérer mieux. David Alward n’a pas réussi à leur en fournir, même avec ses récentes publicités partisanes – déguisées en message du gouvernement – sur les bienfaits du projet d’oléoduc ouest-est.

Comme le signalait notre chroniqueur politique, Roger Ouellette, tout n’est pas encore perdu pour le gouvernement conservateur, mais la pente ne sera pas facile à remonter.

Il lui reste un an pour redonner espoir. Ce ne sera pas une mince tâche. David Alward n’est pas un vendeur né et le charisme, publiquement du moins, n’est pas sa principale qualité. Son style effacé, bien qu’efficace dans certaines situations, joue contre lui, surtout quand vient le temps de procéder – comme il s’apprête à le faire – à une vaste opération de charme pour regagner rapidement la confiance de la population. La question se pose plus que jamais: est-il l’homme de la situation, pour les électeurs en général, mais aussi pour les militants conservateurs?

La réponse attendra parce que le parti est déjà occupé à préparer sa bataille électorale. Avec ses récents changements, M. Alward dévoile son jeu sur les grandes orientations qui guideront la fin de son mandat et sa prochaine campagne électorale: l’économie et l’emploi.

Parmi les surprises du remaniement ministériel de jeudi figurent celles impliquant deux grosses pointures du parti, Paul Robichaud et Jody Carr. Le premier passe du Développement économique aux Ressources naturelles, et le second de l’Éducation et du Développement de la petite enfance à l’Éducation postsecondaire, la Formation et le Travail. Dans un autre contexte, il serait question de rétrogradations. Mais pas cette fois. David Alward installe plutôt ses meilleurs atouts dans des postes reliés aux deux grands enjeux qui seront au coeur de sa prochaine campagne.

Paul Robichaud – qui n’a rien cassé au Développement économique – dirigera les efforts visant à relancer la création d’emplois dans les industries des ressources naturelles. Il sera appelé à travailler étroitement avec le ministre de l’Énergie dans le dossier du gaz de schiste.

Jody Carr, qui était apprécié dans les écoles de la province, s’occupera de son côté de mettre en oeuvre la stratégie de perfectionnement des compétences de la main-d’œuvre, qui a été reçue froidement par plusieurs intervenants. Cette initiative a pour but de favoriser la création d’emplois en liant la formation des écoliers et des étudiants aux exigences du marché du travail.

Saluons au passage Marie-Claude Blais, qui prend du galon en passant de la Justice à l’Éducation. Cette Acadienne, qui préfère l’ombre aux projecteurs, serait une force tranquille au sein du gouvernement.

Tous ces changements seront-ils suffisants pour renverser la vapeur? Ce serait déjà un tour de force de stopper la descente dans les sondages. Cela dit, un an, c’est une éternité en politique. David Alward le sait et ne ménagera aucun effort au cours des prochains mois à peindre l’avenir en rose alors que nous sommes toujours dans le rouge.