Quand ça va mal

Les résultats du sondage de Corporate Research, à propos des intentions de vote des électeurs du Nouveau-Brunswick, étaient déjà suffisamment décourageants pour le premier ministre Alward. Il aurait bien mérité un répit. Mais après avoir annoncé avec enthousiasme en début d’année, lors de son discours sur l’état de la province, la nomination de Louis LaPierre à la présidence de l’Institut de l’énergie du Nouveau-Brunswick, le voilà embarrassé par la démission de la personne sur laquelle il comptait pour faire avancer son agenda en matière d’énergie au Nouveau-Brunswick. Quelques jours avant ce dénouement, le premier ministre Alward ne pouvait pas non plus être réjoui par les prévisions économiques de la Banque Royale du Canada qui met le Nouveau-Brunswick au dernier rang des provinces canadiennes en termes de croissance du produit intérieur brut.

C’est un revirement aussi inattendu que cruel pour le premier ministre. Se fiant au parcours connu de M. LaPierre, sur ce qu’il croyait être une réputation solide comme scientifique en matière d’environnement et de ressources naturelles, M. Alward se retrouve confronté au fait que son choix était basé non seulement sur une réputation surfaite, mais sur de fausses informations fournies par le principal intéressé. Dans le dossier du gaz de schiste, le premier ministre Alward comptait sur la réputation apparemment irréprochable de M. LaPierre pour valider sa politique de développement du gaz naturel au Nouveau-Brunswick. Parmi les gens qui n’avaient pas encore d’opinion sur le gaz de schiste, qui gardaient l’esprit ouvert, l’opinion et les arguments de M. LaPierre pour appuyer la politique du gouvernement Alward étaient précieux pour gagner des appuis auprès de l’électorat. Avec le sérieux effritement de la crédibilité de M. LaPierre, c’est aussi toute la rhétorique favorable au développement du gaz de schiste qui en prend pour son rhume…Quant aux prévisions de la Banque Royale du Canada, elles ne font que confirmer ce que tout citoyen bien informé savait déjà: l’économie du Nouveau-Brunswick est anémique, et rien ne permet de croire qu’on peut espérer un revirement significatif dans un avenir prévisible de la situation déplorable que nous vivons ici. Ce qui nous amène au remaniement de son cabinet.C’est le vice-premier ministre Paul Robichaud qui aura la lourde tâche de faire oublier ce qu’il convient d’appeler la gaffe LaPierre. Pour son collègue au cabinet, Claude Williams, le dossier du gaz de schiste anime une opposition fort active et visible au cœur de sa circonscription. Il ne fait donc pas de doute que les nouvelles responsabilités de M. Robichaud l’amèneront souvent dans la circonscription de M. Williams. Mais ce ne sera pas le seul défi du nouveau ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick. Dans le nord du Nouveau-Brunswick et la région de Miramichi, la question de l’usage des terres et surtout de la forêt des terres de la Couronne est à la source d’une insatisfaction croissante. Dans le dossier de l’énergie, le gouvernement Alward est déjà perçu comme le premier promoteur des intérêts du groupe Irving quand il agit comme défenseur tous azimuts de l’oléoduc. Si, de surcroit, M. Robichaud n’arrive pas à convaincre les communautés qui dépendent de l’industrie forestière que la politique de gestion des terres de la Couronne est équitable, les électeurs jugeront que le gouvernement Alward est plus préoccupé par les intérêts de l’empire financier que celui des citoyens. Ce n’est pas l’image qu’on veut entretenir auprès des électeurs quand on traîne sérieusement de la patte dans les sondages.Dans un tel contexte, la nomination de Mme Marie-Claude Blais à l’éducation pourrait aider le gouvernement Alward à mettre en oeuvre un mouvement d’approbation si elle réussit à s’allier l’appui de la population francophone en réglant les irritants qui minent ce dossier. Grosse commande.Le remaniement ministériel de jeudi veut sans doute envoyer un message de renouveau, insuffler de l’air frais dans une salle du cabinet autrement renfermée. Difficile de croire à un renouveau quand, en fin de compte, aucun des sièges du cabinet n’a été accordé à de nouvelles figures. La dernière année du mandat de M. Alward ne sera pas plus facile que ses trois premières.