Une retraite dorée

Dans la vie, on n’a pas ce qu’on mérite, mais ce qu’on négocie. S’il y a ne serait-ce qu’un brin de vérité dans cet adage, alors force est de constater que le recteur sortant de l’Université de Moncton, Yvon Fontaine, est un redoutable négociateur.

Une énième controverse (on ne les compte plus depuis trois ans) frappe l’Université de Moncton. Cette fois-ci, nous apprenons que son ancien recteur, Yvon Fontaine, a obtenu un parachute doré. Outre la pension à laquelle il a droit à titre d’ancien professeur, M. Fontaine recevra aussi une deuxième pension de 45 867 $ ou 60 879 $ par année (dépendant quand il décidera de s’en prévaloir). Pour ses bons et loyaux services, M. Fontaine a aussi droit à deux années sabbatiques à plein salaire, ce qui coûtera à l’U de M la rondelette somme de plus d’un demi-million de dollars. En prime, M. Fontaine reçoit aussi 5000 $ par année pour des frais de recherche, sans que l’on sache trop quel type de travaux il effectuera.

Tout cela était évidemment considéré du domaine privé au sein de la vénérable institution. C’est seulement après qu’une tierce partie ait fait une demande d’accès à l’information, puis laissé couler les chiffres dans les médias que la nouvelle est sortie.

Tant le syndicat des professeurs que la fédération étudiante se sont insurgés, avec raison. Dans un contexte où l’Université de Moncton tente de réduire ses coûts et augmente sans cesse ses droits de scolarité, cette entente démontre un manque de jugement.

L’Université de Moncton se considère elle-même comme étant l’une des plus importantes institutions de l’Acadie. Nous ne pouvons pas affirmer d’une part que l’éducation postsecondaire est une priorité et nous attendre d’autre part que le recteur fasse voeu de pauvreté.

En ce sens, il n’est pas anormal que l’Université de Moncton ait bonifié les émoluments de son premier dirigeant. Il faut rappeler que les années Fontaine (2000-2012) ont eu lieu sous le signe de la croissance. Les campagnes de financement ont rapporté des millions de dollars, un prestigieux centre de formation médicale a vu le jour, des infrastructures majeures (entre autres, un stade d’athlétisme) ont été construites, etc. Le fait que les droits de scolarité ont explosé pendant cette période a, semble-t-il, eu peu d’impacts sur la haute estime qu’avaient les gouverneurs pour le recteur d’alors. Le conseil n’a donc pas hésité à accorder des privilèges financiers importants.

Cela dit, tout est dans la mesure. Les deux congés administratifs d’un an à plein salaire laissent particulièrement un goût amer dans la bouche. Nous mettons l’U de M au défi de prouver que M. Fontaine n’est pas à la retraite, qu’il effectue réellement des recherches, et que celles-ci valent 500 000 $ ou plus. Cet argent, après tout, vient des fonds publics et des poches des étudiants. Nous avons le droit de savoir s’il est utilisé à bon escient ou s’il s’agit d’un «cadeau» de départ.

La bonne nouvelle, c’est que l’Université de Moncton apprend lentement, mais sûrement des erreurs du passé. D’abord, plutôt que de s’enfermer dans le mutisme comme le privilégiait l’administration de l’ancien président André Richard, l’U de M s’est expliquée dès le lendemain. Elle a non seulement rendu publics les contrats d’Yvon Fontaine, mais aussi celui signé par le recteur actuel, Raymond Théberge. La transparence n’est pas un réflexe inné à l’édifice Taillon, mais ça s’améliore.

La principale ligne de défense de l’U de M est que la généreuse retraite accordée à M. Fontaine est comparable à ce qui ce fait dans d’autres universités. Là-dessus, impossible de la contredire. Cependant, il ne faut pas oublier que ces acquis sont de plus en plus contestés. Lors de la lutte contre la hausse des droits de scolarité au Québec, l’an dernier, les émoluments et autres avantages accordés aux recteurs (salaires gargantuesques, voitures de luxe fournies, logement payé, superpension, etc.) ont fait scandale.

Dans les faits, l’Université de Moncton se retrouve présentement à payer deux recteurs à fort prix, dont un qui est désormais à la maison pour services rendus. Les ressources étant limitées, nous croyons que de dépenser plus de 500 000 $ par année en «frais de rectorat» est une décision injustifiable. Malheureusement, la facture sera refilée aux étudiants.