La politique discordante

Depuis un peu plus d’un an, au moment où le gouvernement Harper a dévoilé sa réforme de l’assurance-emploi, le journal a suivi de près tout ce qui touche à cette réforme. Nous avons tenté d’exposer les motifs du gouvernement fédéral actuel pour procéder à cette réforme, de rappeler la philosophie qui l’encadre, d’expliquer comment cette réforme est dommageable à l’économie des régions rurales qui dépendent d’activités économiques saisonnières. Si vous avez suivi les dossiers publiés par le journal et ses positions éditoriales sur le dossier de la réforme, vous jugerez sans doute logique que nous souscrivions aux conclusions auxquelles arrive le professeur Jean-François Caron dans son livre, L’assurance-emploi, les raisons de la colère.

La réforme de l’assurance-emploi est discordante sur plusieurs plans en ce qui a trait à la tradition politique canadienne des cinquante dernières années. D’abord, le principe même de la Fédération canadienne, qui a créé ce grand pays qui est le nôtre, est fondé sur l’entraide entre les régions qui le constituent.

C’est issu de ce principe que nous avons une formule de redistribution des revenus du gouvernement fédéral: les provinces riches contribuent à renflouer les finances des provinces plus démunies, comme le Nouveau-Brunswick. C’est le but de la péréquation. Le professeur Caron remarque que la réforme de l’assurance-emploi remet en cause l’obligation constitutionnelle que nous nous sommes donnée, comme Canadiens, de s’entraider.

Si la réforme de l’assurance-emploi a été la source d’une colère collective, tant dans les provinces de l’Atlantique que dans d’autres provinces, comme le Québec et le nord de l’Ontario, en Alberta et en Saskatchewan la réforme de l’assurance-emploi est bien accueillie. Non seulement les gens originaires de ces provinces prospères appuient-ils presque sans réserve la réforme de l’assurance-emploi, mais parmi les résidants de ces provinces qui approuvent la réforme, nous retrouvons d’ex-concitoyens qui jugent que les gens de l’Est devraient faire comme eux: se déraciner en déménageant là où l’emploi explose et la prospérité croît tous azimuts. Le gouvernement Harper persiste et réussit à faire endosser par nos concitoyens de l’Ouest qu’il est injuste qu’ils aient à partager leur richesse avec les gens de l’Est qui choisissent de rester là où l’économie est non seulement presque anémique, mais saisonnière.

Plutôt que de corriger les perceptions des gens de l’Ouest que leurs concitoyens de l’Est sont des indigents sans ambition, le gouvernement Harper cultive à son profit ce préjugé. Comme l’explique le professeur Caron, M. Harper et ses stratèges considèrent qu’ils peuvent se maintenir au pouvoir sans obtenir l’appui des provinces de l’Est, à condition de rester très forts dans les provinces de l’Ouest. La nouvelle carte électorale les aidera, mais elle ne le garantit pas.

Mise à part la réforme de l’assurance-emploi qui, si elle est maintenue et poussée au bout de ses objectifs, affaiblira davantage les régions défavorisées du pays, la politique de développement régional a considérablement perdu de sa vigueur à l’endroit des régions comme la nôtre, rurale et dépendante des ressources naturelles qui engendrent des emplois saisonniers.

Si les politiciens fédéraux du Nouveau-Brunswick sont sincères quand ils affirment qu’ils travaillent pour leurs concitoyens, ils devraient lire, relire et apprendre par cœur l’ouvrage du professeur Caron. Plutôt que d’épouser la vision et la philosophie de développement économique de leurs amis de l’Ouest, il est du devoir des politiciens du Nouveau-Brunswick de combattre les préjugés de l’Ouest à notre égard en leur faisant comprendre l’importance du défi qui nous confronte ici, dans l’Est.

NDLR: L’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) nous a confirmé avoir fait une erreur dans les tableaux de l’étude que nous avons consultée sur les coûts de la santé au Canada par province. Le tableau qui révélait que le pourcentage des dépenses publiques en santé du Nouveau-Brunswick est pratiquement le même que la moyenne au Canada est exprimé en pourcentage des  dépenses totales en santé, et non en pourcentage du produit intérieur brut (PIB).