Potentiel gaspillé

Ils sont nombreux au cours des dernières semaines à avoir subi une amère déception en se rendant au Parc provincial du mont Carleton, dans le Restigouche. Une barrière empêche les visiteurs de s’y rendre. Comme tous les parcs provinciaux du Nouveau-Brunswick, il a été fermé quelques semaines plus tôt que par les années passées afin d’économiser des sous.

La décision est difficile à justifier. Des habitués du parc ont expliqué dans les pages de l’Acadie Nouvelle que l’endroit a été fermé au moment où il reçoit normalement le plus de visiteurs. L’automne est le meilleur temps de l’année pour escalader la plus haute montagne des Maritimes. Les journées sont fraîches, il n’y a plus de moustiques et le feuillage tout en couleurs offre un paysage à couper le souffle, vous confirmeront tous ceux qui s’y sont rendus à cette période de l’année.

Pourquoi fermer le site aux touristes alors? Tout simplement parce que le Nouveau-Brunswick fait face à un déficit budgétaire important, et qu’il doit réduire à tout prix ses dépenses. C’est ainsi qu’au printemps le gouvernement du premier ministre David Alward a annoncé que les neuf parcs provinciaux fermeront plus tôt cette année. Le mont Carleton n’échappe pas à la règle.

Le problème, c’est que la règle est appliquée uniformément à travers la province. Comme la plupart des gouvernements, celui du Nouveau-Brunswick est centralisé. Il est donc fatalement déconnecté des besoins des régions éloignées de la capitale et des grands centres. Il est compréhensible de fermer la plage Parlee de Shediac un mois plus tôt, quand l’eau est plus froide et les baigneurs plus rares. Mais priver les amateurs de plein air du mont Carleton en pleine saison automnale est aussi saugrenu que, à titre d’exemple, fermer le Jardin botanique du Nouveau-Brunswick (à Edmundston) en juillet.

Cette histoire rappelle une nouvelle fois que le gouvernement ne sait pas trop quoi faire du Parc provincial du mont Carleton. Ce n’est pas de la mauvaise foi, ni un désintérêt. Fredericton y injecte chaque année plus de 700 000 $, même si les revenus n’atteignent qu’un peu plus de 110 000 $. Il a aussi investi 2,5 millions $ en 2008-2009 pour remettre à neuf des infrastructures vieillissantes, dont certaines tombaient en décrépitude. Le premier ministre d’alors, Shawn Graham, avait même fait du lobbying auprès d’Ottawa afin d’en faire un parc national. La volonté politique est là.

Disons les choses comme elles sont. Le véritable problème, c’est que la montagne est isolée. Si le mont Carleton était situé à 15 minutes de route de Moncton, il serait au centre de toutes les campagnes publicitaires de la province. Tous les moyens seraient mis en oeuvre pour pousser les visiteurs à s’y rendre en très grand nombre.

Mais voilà, le parc est dans la région de Saint-Quentin, loin des principaux centres urbains du Nord. Et encore, à partir du centre-ville, il faut rouler pendant une trentaine de minutes sur le chemin des Ressources, en pleine forêt, bien loin de la Transcanadienne, pour enfin arriver à destination. De plus, il est difficile de trouver une seule affiche le long des principaux axes routiers de notre province invitant les touristes à découvrir le sommet des Maritimes.

Il faut une stratégie touristique propre au mont Carleton. La meilleure façon d’y parvenir est de donner plus de responsabilités aux intervenants locaux, ou même carrément de leur accorder la gestion du site (avec les budgets qui en découlent). La fermeture hâtive de l’endroit démontre une nouvelle fois que les Restigouchois – et non Fredericton – savent mieux ce qui est bon pour leur montagne. Or, les lignes de communication sont mauvaises, et parfois même coupées.

Le Parc provincial du mont Carleton a le potentiel d’être le point d’ancrage touristique et économique du Restigouche-Ouest. Cet objectif ne pourra toutefois pas être atteint tant que le parc sera traité de la même manière que les plages, terrains de camping et autres parcs provinciaux surtout ouverts l’été.