Le prix de l’intolérance

La plupart des Néo-Brunswickois, en particulier les Acadiens, s’intéresseraient très peu à l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, si ce n’est que d’un point important. Ce petit parti politique fait ouvertement campagne contre les droits des francophones.

L’Alliance des gens est né dans la foulée de la vente ratée d’Énergie NB à Hydro-Québec par le gouvernement libéral de Shawn Graham. Son chef, un jeune ministre du culte intelligent, dynamique et articulé du nom de Kris Austin, a contribué à l’échec de la mégatransaction.

Il a ensuite fait le pari qu’il pouvait transformer la colère des électeurs en votes. Erreur, ceux-ci ont voté comme d’habitude en majorité pour les deux partis traditionnels. L’Alliance n’a présenté que 14 candidats, aucun d’entre eux n’a été élu, et ils ont ensemble recueilli moins de 5000 votes.

Flirtant avec l’insignifiance, l’Alliance a changé de cheval de bataille. Plutôt que de se battre pour la transparence et pour la protection d’Énergie NB, le parti s’est soudainement tourné contre les droits des francophones. Il s’oppose en particulier à la dualité en éducation et au fait que le système de santé soit divisé en deux réseaux, de langues française et anglaise. Il croit aussi que le bilinguisme coûte trop cher au gouvernement du Nouveau-Brunswick. Son chef soutient vouloir se battre pour que les Néo-Brunswickois de langue anglaise aient les mêmes possibilités que ceux qui parlent le français, et que cesse la discrimination contre eux dans la fonction publique.

Les anglophones victimes de discrimination au Nouveau-Brunswick? Vous avez bien lu!

Cela dit, Kris Austin est-il un antifrancophone? Ou est-il plutôt un opportuniste qui a trouvé un filon capable de rallier plus de militants et d’être plus visible dans les médias? Toujours est-il que la stratégie a fonctionné. La formation politique a vu ses appuis augmenter depuis les dernières élections, pour atteindre environ 3 %. Elle est loin de pouvoir prétendre au pouvoir ou de faire élire des députés, mais à une année du prochain rendez-vous électoral, le fait est que l’Alliance estime avoir le vent dans les voiles.

Heureusement, tous ne sont pas à l’aise avec la décision du parti d’imiter le Confederation of Regions (CoR), ce parti antibilinguiste qui avait réussi à former l’opposition officielle à Fredericton, de 1991 à 1995.

La plus récente salve est venue des rangs mêmes de la formation. Allison Fanjoy, qui devait porter les couleurs du parti lors de l’élection complémentaire dans Kent, avant de changer d’idée, et Jordan Grondin, candidat à l’investiture du parti dans Albert, ont partagé publiquement leur mécontentement face aux orientations de l’Alliance des gens du N.-B. Ils ont démissionné après avoir déploré «le manque de respect pour la communauté acadienne».

Cette dispute rappelle la guerre de pouvoir qui avait déchiré le CoR. Un parti basé sur l’intolérance est par définition composé de gens qui n’aiment pas les compromis (parlez-en aux gens du Tea Party, aux États-Unis), ce qui augmente les chances de guerre intestine. C’est pour éviter une crise et peut-être de subir le même sort que le CoR (le parti a été dissous 10 ans seulement après sa fondation) que les autorités de l’Alliance ont décidé en catastrophe de bâillonner leurs membres.

Bien sûr, le fait que ces deux militants aient claqué la porte ne signifie pas la fin de l’Alliance des gens du N.-B., ni même que le parti abandonnera ses politiques contre les droits des francophones. Tout de même, il faut saluer le fait que deux personnes aient osé s’exprimer à contre-courant. Un parti qui s’attaque aux droits d’un groupe linguistique qui représente près du tiers de la population de la province ne peut pas et surtout ne doit pas être accepté sur l’échiquier politique comme si de rien n’était. Il doit être dénoncé avec vigueur.