Qui dit vrai?

Tant dans le dossier à Ottawa sur les dépenses illégitimes des sénateurs que sur le dossier du gaz de schiste, les gens se posent la question: qui dit vrai? Nous reviendrons demain sur la question des sénateurs, pour le moment, restons chez nous pour réfléchir sur la controverse animée du développement du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.

Comme nous l’avons écrit plus tôt cet automne, c’était prévisible: la controverse sur le développement de l’exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick alimente les discours. Le dialogue est difficile entre le gouvernement et les opposants. Les deux se campent obstinément dans leur position respective.

On se rappelle que quelques membres du cabinet du gouvernement Alward sont allés voir aux États-Unis, surtout en 2011, comment le gaz de schiste y était exploité. Ce que nous ne savons pas, c’est l’identité des personnes consultées par le gouvernement, les lieux visités et quelles informations ont été recueillies. Les membres du gouvernement se sont-ils contentés d’aller voir sur place les installations d’exploitation du gaz de schiste à l’invitation de l’industrie? Ont-ils pris la peine de faire un détour par l’Université de Cornell pour rencontrer des scientifiques, comme le professeur Anthony Ingraffea et l’équipe de chercheurs spécialisés sur la question? Il serait peut-être temps que le gouvernement fasse le point sur ces visites et qu’il informe la population sur le sens des démarches effectuées aux États-Unis.

Si le gouvernement est confronté aujourd’hui à une carence de crédibilité sur la question, il n’a que lui-même à blâmer: l’agenda des visites aux États-Unis n’a pas été partagé avec le public. S’il faut se fier aux dépliants «d’information» qu’il avait fait circuler dans les quotidiens de la province en 2011, on serait porté à croire que les visites des membres du cabinet des ministres qui se sont rendus aux États-Unis se sont limitées à des exploitations industrielles, et qu’ils ont négligé de consulter les chercheurs qui se penchent sur la question depuis longtemps.

Deux aspects doivent être considérés quand on parle du gaz de schiste: les bénéfices économiques qu’on pourrait en tirer et les effets environnementaux liés à son exploitation. Si on a souvent entendu les membres du gouvernement parler des bénéfices économiques que la province pourrait tirer de son exploitation, l’impact environnemental n’est pas au centre des préoccupations du gouvernement. S’il s’en préoccupe, le gouvernement n’a pas précisé les problèmes qu’il a identifiés et comment il compte les régler.

Sur le plan économique, pour le moment, on ne voit pas une reprise en force du prix du gaz naturel. En consultant le site de l’agence américaine d’information sur l’énergie, on constate que le prix du gaz naturel vers la fin de 2008 est parti de 12 $ US pour tomber à tout juste sous la barre des 3 $ en juillet 2013. En milliards de pieds cubes par jour, la production aux États-Unis est passée durant la même période de huit milliards à tout prêt de 29 milliards. En 2000, la production américaine de gaz de schiste était évaluée à un peu plus d’un milliard de pieds cubes par jour. C’est indéniable, l’industrie du gaz de schiste a créé beaucoup d’emplois aux États-Unis. Cependant, l’agence américaine d’information sur l’énergie rapporte que pour les neuf premiers mois de 2013, les importations américaines de gaz naturel canadien ont chuté de plus de la moitié, passant 939 millions de pieds cubes par jour à 438. La question se pose: dans un tel contexte, que ferions-nous de notre production du gaz de schiste si les gisements sont aussi importants que l’affirmait le ministre Leonard le printemps dernier. Il faudra trouver des débouchés domestiques.

Sur le plan environnemental, du demi-million de puits en exploitation aux États-Unis en 2011, seulement une vingtaine de cas de contamination de puits ont été rapportés, selon une étude de coûts et bénéfices effectuée par le MIT en 2011. Le danger n’est pas là. Il se situe plutôt sur la pollution de l’air, selon une étude, entre autres, d’un groupe de chercheurs de l’Université Cornell. C’est d’ailleurs cet aspect pollueur de l’air par les puits d’exploitation du gaz de schiste qui inquiète les médecins du Nouveau-Brunswick, entre autres groupes. Comment enrayer cette pollution de l’air? Il faudrait que le gouvernement du Nouveau-Brunswick se penche sur cette question sérieuse avant de poursuivre sa promotion de l’exploitation du gaz de schiste sur les arpents verts de Kent et d’ailleurs au Nouveau-Brunswick.