À propos de l’eau et du gaz de schiste

S’il est vrai, comme nous l’avons souligné la semaine dernière, que peu d’incidents de contamination des puits d’eau potable ont été rapportés par rapport au nombre de puits en exploitation en 2011, la question de l’eau et de l’exploitation du gaz de schiste demeure une préoccupation non seulement importante, mais toujours pertinente.

Deux articles, dans notre édition d’hier, doivent retenir l’attention: l’article de notre journaliste Patrick Lacelle sur le nombre de puits qui pourraient être forés au Nouveau-Brunswick et celui de Pascal Raiche-Nogue sur «l’éducation» de la population par l’industrie.

Si on en arrive à exploiter au Nouveau-Brunswick jusqu’à trois mille puits déployés un peu partout dans la campagne, en termes pratiques, qu’est-ce que ça implique? Il y aura bientôt deux ans, nous vous donnions un aperçu des quantités d’eau nécessaires à la fracturation hydraulique. Rappelons-en les principaux éléments.

En moyenne, pour chaque puits en exploitation, selon des données fournies par la société gazière Apache, il faut dix-sept opérations de fracturation hydraulique. Chaque fracturation hydraulique, si on se fie à l’expérience de la société Encana qui exploite des puits en Colombie-Britannique, il faut pour chaque puits en moyenne 3,8 millions de litres d’eau (donc près de quatre tonnes métriques). On sait aussi que pour exploiter un gisement typique de gaz de schiste, il faut installer plusieurs puits, étant donné que la fracturation se fait à l’horizontale. Habituellement, il y aura un puits à tous les trois ou quatre cents mètres, c’est-à-dire, trois ou quatre puits par kilomètre de gisement.

Souvent, l’exploitation des gisements de gaz de schiste se fait en région loin des sources d’approvisionnement en eau. Les quantités d’eau nécessaires sont donc acheminées par camion au site d’exploitation. Durant la fraction hydraulique, une région exploitée est envahie par une flotte importante de camions qui transportent l’eau, bien sûr, mais aussi les produits chimiques et le sable qu’on mélange à l’eau pour réussir la fracturation de la pierre qui emprisonne le gaz naturel. Au moment où on réussit à libérer le gaz, le reflux provoqué par le gaz ramène en surface de 15 à 70 % de ce mélange d’eau, de produits chimiques et de sable. Ce mélange toxique, très toxique selon certaines études, doit être entreposé dans des bassins de sédimentation, imperméables et étanches. Si l’industrie travaille à recycler ce mélange pour poursuivre le processus de fracturation, son usage reste encore marginal, et la plupart du temps on utilise de l’eau fraîche pour la fracturation. Les communautés sont-elles prêtes à vivre dans ce trafic de camions emplis d’eau et de produits chimiques? Tout dépendra de la condition de la flotte des camions et du tracé routier qu’elle empruntera.

La porte-parole de l’industrie gazière au Nouveau-Brunswick, Sheri Sommerville, semble penser que la population acceptera les activités de l’industrie quand elle sera éduquée sur celles-ci, selon ses déclarations publiées dans le journal d’hier. Cette éducation devrait donc comprendre le volume d’eau que nécessitera chaque opération de fracturation, le nombre de camions et le nombre de voyages quotidiens qu’ils effectueront, le volume et la composition des produits chimiques que transportera la flotte de camions, les devis des bassins de sédimentation et l’utilisation et le recyclage du liquide emmagasiné dans ces bassins, la surveillance et le rapport de tout déversement, de même que la nature du déversement pour chaque camion quand il se produira. Comme le dit le dicton, l’industrie a «du pain sur la planche».

Étant donné la nature des activités de l’industrie lors de la fracturation hydraulique, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a lui aussi à bien se préparer pour les encadrer, puisqu’il semble déterminé à les autoriser. Il lui faudra bien évaluer le niveau des activités de camionnage et leur impact, non seulement sur la condition des routes qu’ils emprunteront, mais sur le tracé de ces routes à travers les communautés du sud de la province et son impact sur la qualité de vie et la paix des citoyens. Il sera important que le gouvernement du Nouveau-Brunswick détermine quelles sources d’eau pourra utiliser l’industrie et, tout aussi important, qu’il puisse vérifier la conformité et l’efficacité des bassins de sédimentation. Pour le moment, toutes ces questions demeurent à être éclaircies. Plus tôt ce sera fait, mieux ce sera.