Vous sentez-vous espionné?

L’informaticien américain Edward Snowden est responsable de tout un tsunami politique après avoir révélé les activités d’écoute électronique auxquelles se livre le gouvernement américain. Après les évènements du 11 septembre, la NSA (National Security Agency) a multiplié les moyens pour traquer tout indice pouvant permettre de débusquer des complots terroristes. Par exemple, le simple fait d’écrire «11 septembre» et «NSA» pourrait déclencher dans le système de surveillance de l’agence américaine un suivi des activités de l’auteur de ces lignes…

Les millions d’internautes qui fréquentent les médias sociaux et qui utilisent les services de Google ou de Yahoo!, selon ce qu’on apprenait cette semaine, sont, eux aussi, susceptibles de se retrouver dans la banque de données presque sans limites de l’agence américaine. Des analystes spécialisés en informatique expliquent que, parce que la propriété intellectuelle du système d’encodage utilisé sur pratiquement toutes les plateformes est américaine, il n’y a, en ce moment, que le gouvernement américain qui dispose des moyens nécessaires pour pouvoir glaner des informations sur des millions de gens, à leur insu.

Pourtant, comme les internautes attentifs le savent, pratiquement tous les fournisseurs de services informatiques assurent que vos données personnelles sont protégées. Si ce n’était que «le monde ordinaire» qui avait été victime de la curiosité presque maladive et obsessionnelle de l’appareil américain, les retombées politiques des révélations de Snowden seraient restées pratiquement lettre morte, à part les réactions prévisibles et justifiées des organismes qui oeuvrent à la protection des droits et libertés civiles. Mais voilà, les politiciens européens comptent parmi les gens sur lesquels la NSA a emmagasiné des informations de toutes natures, dont leurs courriels, les sites web fréquentés et les conversations téléphoniques. L’indignation a atteint son comble en Europe quand on a appris que la chancelière allemande, Angela Merkel, a été elle-même la cible de l’espionnage américain. Considérée comme une alliée fiable du président américain, Barack Obama, l’affaire est très embarrassante pour lui.

Mais quelles sont les conséquences de cet espionnage à grande échelle pour le citoyen moyen? Pour ceux qui mènent une vie rangée, qui se contentent de vivre les petits bonheurs que la vie leur réserve, les conséquences sont à peu près nulles, insignifiantes. Ça n’excuse pas, cependant, les activités d’espionnage de la vie privée des citoyens du monde.

Mais tant que vous ne vous impliquez pas dans des activités qui intéressent les services d’espionnage américain, toutes les données qui ont été recueillies sur vos activités resteront dormantes.

Chez nous, au Canada, il n’y a pas que des agents secrets qui nous espionnent, mais des fonctionnaires de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Dans son rapport présenté mardi au Parlement, la commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Jennifer Stoddart, a formulé treize recommandations visant spécifiquement l’ARC. Après avoir vérifié les activités du personnel de l’ARC, l’équipe de Mme Stoddart a relevé que les employés de l’agence fédérale s’étaient rendus coupables, pendant des années, d’accès inapproprié à des milliers de dossiers contenant les renseignements personnels des contribuables qui auraient dû être protégés. Nous ne pouvons qu’endosser les propos de Mme Stoddart quand elle déclare que «Les Canadiennes et les Canadiens sont en droit de s’attendre à ce que l’on protège leurs renseignements personnels, surtout lorsqu’ils les communiquent au gouvernement sous contrainte légale…»

En principe, nos informations financières personnelles, nos communications personnelles par téléphone ou par courriel devraient rester confidentielles. Mais quand ce n’est pas une politique officielle du gouvernement, qui justifie toujours de violer nos droits individuels en évoquant des motifs de sécurité nationale, ce sont ses employés qui prennent des libertés que personne ne leur a accordées.

En pratique, toutes les informations confidentielles qui vous concernent et que vous devez transmettre ne devraient qu’être communiquées à une personne digne de votre confiance. Des données cruciales comme le numéro d’assurance sociale ou les numéros de comptes bancaires qui abritent les épargnes ne devraient pas apparaître sur votre ordinateur qui, pour ceux qui savent s’y prendre (et ils sont nombreux à travers le monde), équivaut à les afficher sur la devanture de votre maison.