Gouverner dans des temps difficiles

On ne peut douter de la difficulté de gouverner la province quand elle connaît une croissance économique anémique, des statistiques d’emploi décourageantes, et peu ou à peu près pas d’investissements majeurs récents qui indiqueraient que la province du Nouveau-Brunswick est sur la voie de retrouver la prospérité pour ses citoyens et ses gens d’affaires. Dans de telles conditions, il est normal qu’on se tourne vers ce que l’avenir peut nous réserver. C’est ce que s’est évertué à accomplir le premier ministre David Alward dans son discours sur l’état de la province, jeudi soir, à la Chambre de commerce de Fredericton.

Abordons d’abord le dossier de l’industrie forestière. Comme le rapportait le journaliste Mathieu Roy-Comeau dans nos pages hier, le Conseil économique des provinces de l’Atlantique prévoit que l’industrie forestière pourrait investir jusqu’à 1 milliard $, qui engendreraient la création de plusieurs emplois, si seulement elle pouvait être assurée d’un approvisionnement à long terme. Des intervenants de l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick nous ont affirmé la même chose. Malheureusement, le discours de M. Alward est très vague quant aux intentions du gouvernement en la matière, et il n’a pas précisé quand une nouvelle politique de gestion des forêts, susceptible de donner un nouvel élan à l’industrie, serait dévoilée. Bientôt, apparemment, et ce n’est pas trop tôt.

Que ce soit pour le secteur forestier ou les autres secteurs prioritaires du développement économique du Nouveau-Brunswick, le plan d’action de développement économique dévoilé en mai 2012, auquel se réfère à quelques reprises le premier ministre Alward dans son discours, évoque et énonce de beaux principes, tant sur le plan des intentions du gouvernement que sur celui des secteurs à développer. Les résultats de cette stratégie, toutefois, restent à venir, et le premier ministre avait peu d’exemples édifiants à citer à cet égard, mais il en a donné.

Bien sûr, le premier ministre a réitéré la priorité que s’est donnée son gouvernement, depuis quelques mois, c’est-à-dire le développement des ressources naturelles. Il a réaffirmé l’intention de son gouvernement de poursuivre le développement du gaz de schiste, en indiquant que son gouvernement était à mettre la touche finale à une réglementation qui allait permettre d’harmoniser dans l’exploitation gazière au Nouveau-Brunswick les préoccupations environnementales et le développement économique. Nous avons déjà posé notre jugement sur le projet de réglementation, attendons de voir ce que sera sa version finale pour revenir sur le sujet. Il y a déjà deux ans que nous attendons cette version finale, nous pouvons patienter quelques mois de plus… Cela dit, le premier ministre a de nouveau fait miroiter des redevances de 20 milliards $ pour la province provenant de l’exploitation du gaz de schiste. Cette hypothèse, tirée d’un rapport effectué pour le compte du ministère de l’Énergie il y a au moins deux ans, est basée sur un scénario très optimiste sur l’évolution du prix du gaz naturel, un optimisme qui n’est pas appuyé par les indicateurs actuels du marché de cette ressource.

Comme l’an dernier, le premier ministre a réitéré l’espoir de voir le Nouveau-Brunswick devenir un chef de file canadien en matière d’innovation. Il a évidemment rappelé les 80 millions $ annoncés en 2012 pour soutenir la Fondation de l’innovation du Nouveau-Brunswick. Notons que cette fondation existe depuis déjà 10 ans. Elle n’a pas été fondée sous l’égide du gouvernement actuel, même si le gouvernement en parle comme si c’était un nouveau champ de compétence au Nouveau-Brunswick. La fondation a un impact sur les investissements. Son rapport annuel 2012-2013 fait état se son investissement direct de 41 millions $ depuis 10 ans, ce qui a entraîné des investissements de 270 millions durant la même période. Le gouvernement a ajouté un élément: «Labos brillants». Pas une mauvaise idée, il reste à voir comment elle sera appliquée et quels résultats en ressortiront.

Monsieur Alward a conclu que «le temps est venu de prendre les décisions qui permettront de bâtir un avenir plus prometteur». À notre avis, ce temps était déjà arrivé en 2010.