L’illusoire équilibre

La première question qu’on peut se poser à propos de l’atteinte de l’équilibre budgétaire du gouvernement du Nouveau-Brunswick en 2017-2018 repose sur la probabilité ou non que l’économie du Nouveau-Brunswick reprenne avec suffisamment de vigueur pour que cette perspective soit réaliste.

Selon le gouvernement et certains analystes, la dépréciation du dollar canadien et le fait qu’il se maintiendra autour de 90 cents par rapport à son équivalent américain, ainsi qu’une reprise anticipée de la construction domiciliaire aux États-Unis, devraient engendrer une hausse des exportations de nos produits forestiers vers le marché américain. Étant donné le nombre important d’emplois créés par le secteur forestier de la province, la conjoncture économique aux États-Unis prévue pour les prochaines années aura des retombées économiques directes au Nouveau-Brunswick. Si ces indicateurs économiques se maintiennent, un dollar canadien plus faible et une reprise soutenue de l’activité économique aux États-Unis, l’industrie des pêches et tout le secteur manufacturier de la province, qui dépend du marché américain pour augmenter sa production, devraient en profiter.

Dans l’évaluation des perspectives économiques pour l’an prochain, le ministère des Finances du Nouveau-Brunswick estime que la croissance du produit intérieur brut réel en 2014-2015 de la province devrait se situer à 1,1 %, comparativement à une croissance de seulement 0,1 % en 2013. L’évaluation est sous la moyenne des prévisions de 1,2 % par divers intervenants du secteur privé, comme les directions économiques de banques ou de firmes de courtage. Ainsi, la Banque CIBC estime que la croissance du PIB réel du Nouveau-Brunswick s’établira à 1,6 %, la Banque TD la prévoit à 1,3 %, mais la Banque Royale prévoit qu’elle se limitera à 1 % alors le Conseil économique des provinces de l’Atlantique (CÉPA) la fixe à 0,9 %. L’an dernier, le ministère des Finances avait estimé que le PIB croîtrait de 0,5 %, nettement en dessous de la moyenne des prévisions, établie à 1,3 %. Finalement, cette croissance s’est limitée à 0,1 %.

Depuis trois ans, la croissance réelle du produit intérieur brut au Nouveau-Brunswick a fini à un niveau inférieur à ce qui était prévu, même par rapport aux prévisions les plus basses et les plus prudentes. Le fait que les bourses, tant canadiennes qu’américaines, accusent un recul relativement important depuis le début janvier pourrait indiquer que la reprise attendue ne sera pas aussi vigoureuse que l’espère le gouvernement.

En conférence de presse avant le dévoilement du budget, mardi, le ministre des Finances du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a réitéré les convictions du gouvernement Alward qu’il n’appartient pas au gouvernement de créer les emplois et de faire croître l’économie. Le rôle du gouvernement, selon M. Higgs, se limite à mettre en place des mesures qui favoriseront l’expansion des activités du secteur privé. Cette philosophie, appuyée dans plusieurs milieux, ne fait pas l’unanimité, toutefois. D’autres secteurs et d’autres économistes croient plutôt que dans le contexte d’une économie anémique, comme celle du Nouveau-Brunswick, ce n’est pas le temps de tendre vers l’équilibre budgétaire, mais plutôt de maintenir un niveau d’investissements publics qui favoriseront la croissance tant de l’économie que de l’emploi. Par exemple, en investissant tout de suite dans le développement et l’entretien des routes, et ce n’est pas le seul secteur, on permet aux entrepreneurs en construction des routes d’augmenter le nombre de ses employés. Le même principe s’applique aussi pour les investissements dans la construction ou l’agrandissement des bâtiments publics qui stimulent l’emploi dans le secteur de la construction.

Le gouvernement a bonifié le programme de crédit d’impôt pour les entreprises qui créent de l’emploi au Nouveau-Brunswick, de même que le crédit d’impôt pour les investissements dans les petites entreprises de la province. Le gouvernement a finalement introduit, après l’avoir promis en 2010, un programme d’incitatifs fiscaux pour ceux qui investiront dans des fonds d’investissements communautaires. Ce sont des mesures positives, mais insuffisantes pour assurer la relance vigoureuse dont a besoin l’économie du Nouveau-Brunswick. On peut se croiser les doigts en espérant que la croissance du PIB réel se matérialisera, mais on ne peut retenir notre souffle, les chances qu’on manque d’air étant trop probables. D’une année à l’autre, le gouvernement s’est fié sur une reprise, même modeste, de l’économie pour déterminer son niveau de revenus, avec les résultats que l’on connaît. Nous n’en aurions pas voulu au gouvernement de changer de stratégie; loin de là.