Les gros sabots du gouvernement Harper

«Ce que nous allons faire… Ce que nous avons toujours fait… C’est maintenir le cap.» Ces paroles du ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, en dévoilant le budget 2014-2015 à la Chambre des communes n’a certainement pas la même résonance dans tous les coins du pays. Nous sommes du même avis que le ministre des Finances: le gouvernement Harper maintient le cap, mais là où nous nous départageons dans notre jugement de ce fait, c’est que le problème réside justement là.
Il n’y a pas que sa politique fiscale qui est cohérente. La conviction que son discours convaincra les électeurs canadiens, indépendamment des faits, de le maintenir au pouvoir fait aussi partie du cap fixé par le gouvernement Harper. C’est un fait, le gouvernement est majoritaire. Mais de prétendre que les Canadiens appuient en majorité les politiques du gouvernement fédéral actuel, c’est franchir la barrière des faits, ceux-ci ne supportent pas cette prétention.
Ainsi, quand le ministre des Finances affirme dans son discours que son gouvernement n’a pas redressé la barque aux dépens des Canadiens ou des provinces, ou encore qu’il n’a pas éliminé les programmes sur lesquels comptent les citoyens, inutile de chercher très longtemps les organismes sûrement ahuris par cette affirmation: la communauté scientifique, notamment dans les pêches, les regroupements citoyens impliqués dans la défense des questions féminines, des questions environnementales, des vétérans, de l’aide humanitaire internationale. Si nous faisions le tour des organismes citoyens qui dépendent du financement fédéral pour fonctionner, le message qui nous serait rapporté serait considérablement différent des prétentions du ministre des Finances. En ce qui a trait aux provinces, qu’on s’intéresse à la formation en emploi ou au financement de la santé, même les provinces gouvernées par les conservateurs ne partagent pas l’approche du gouvernement fédéral à cet égard.
Comme nous le soulignions mardi, le ministre Flaherty, sans doute pour tenter d’attirer plus d’attention sur son budget, avait indiqué, avant de le dévoiler, que le gouvernement allait annoncer des investissements majeurs dans les infrastructures. C’était, encore une fois, des paroles, que des paroles. Dans les faits, il maintient le même niveau d’investissements: cinq milliards par année, annoncés l’an dernier.
Venons-en à sa priorité, réaffirmée avec vigueur dans le discours, l’équilibre budgétaire. Le ministre Flaherty affirme que le gouvernement Harper a remis de l’ordre dans les finances publiques du Canada. Il semble croire que nous ne nous rappelons pas que le gouvernement actuel a hérité de finances publiques canadiennes en très bonne posture, malgré le dérapage du programme des commandites au Québec: depuis le milieu des années 1990, le gouvernement fédéral a engrangé des surplus, année après année, jusqu’à la crise financière de 2008.
À quoi rime cette obsession de l’équilibre budgétaire? Le gouvernement Harper, surtout le premier ministre qui tient à l’atteindre l’an prochain, voudrait nous faire croire qu’il y va de l’intérêt de tous les Canadiens d’atteindre cet équilibre aussi rapidement. Ce message est répété à satiété dans le discours du budget. Mais il ne faudrait pas se laisser berner. Il faut voir venir le gouvernement Harper avec ses gros sabots.
La marge de manœuvre que se dégage le gouvernement Harper pour 2015 vise à se positionner pour annoncer l’an prochain ses bonbons électoraux. Avec ses bonbons, dont une légère baisse d’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés commerciales, comme il l’a fait au congrès du Parti conservateur du Canada à Calgary cet automne, M. Harper espère convaincre l’électorat qu’il est le seul apte à maintenir le pays dans la voie de la prospérité, le seul à pouvoir offrir des baisses d’impôt.
Le premier ministre voudrait sans doute que nous oubliions que sous sa gouverne le filet social qui distinguait le Canada a été considérablement affaibli, une constatation qu’il s’empressera sans doute de contredire, en dépit de chiffres éloquents à cet égard. On a constaté la même tendance dans ses politiques environnementales, au pays comme sur la scène internationale. Il voudrait bien aussi qu’on oublie que la création d’emplois, bien que positive pour l’ensemble du pays, ne s’étend pas à des régions comme le Nouveau-Brunswick. Il est de notre devoir, comme citoyens de cette province, de nous en souvenir.