Cessons les cachotteries

La loi exige que chaque garderie publique du Nouveau-Brunswick soit inspectée au moins une fois par année. On comprend facilement pourquoi. Des milliers de parents confient chaque jour les enfants à des intervenants pendant plusieurs heures. Il est important de savoir qu’ils sont en sécurité et bien traités.

Les inspections sont effectuées par le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, qui possède donc des rapports sur chaque garderie enregistrée au Nouveau-Brunswick. Il est probable que certaines garderies sont d’une qualité exceptionnelle, alors que d’autres soulèvent des inquiétudes au sein du ministère.

Lesquelles? Impossible de le savoir. Les rapports sont gardés secrets.

Il est fort probable que le ministère ne badine pas avec la santé et la sécurité des enfants. Si elles étaient mises en péril dans un établissement, il interviendrait sans doute immédiatement. Pas question ici de crier au loup inutilement.

Toutefois, cela ne justifie pas ces cachotteries. Les rapports doivent être rendus publics à tous. Récemment, un quotidien anglophone a tenté d’en obtenir des copies à travers la Loi sur l’accès à l’information. En vain. Le ministère refuse de les dévoiler afin de protéger l’identité des enfants et des membres du personnel.

Une position louable et facile à défendre.

Personne ne veut en effet que la publication des rapports serve à montrer du doigt un enfant ou son intervenant en service de garde. Toutefois, l’argument de la confidentialité ne peut être utilisé à toutes les sauces. Sinon, aussi bien cacher à la vue de la population tous les rapports produits par le gouvernement. La qualité des cours offerts dans une école est-elle moins bonne, au point où ses élèves font moins bonne figure aux examens du ministère? Top secret! Un restaurant est-il insalubre? Cachez le rapport, il pourrait permettre d’identifier le chef cuisinier et nuire à ses perspectives de carrière. Un hôpital a-t-il plus tendance que les autres à privilégier une césarienne en lieu d’un accouchement naturel? Chut! Il faut protéger nos médecins…

Bref, il est du devoir du ministère de trouver une façon de protéger les informations personnelles des personnes visées par les rapports, mais sans nuire au droit fondamental des Néo-Brunswickois d’être informés.

Un autre cas récent nous montre bien que la transparence n’est pas dans l’ADN du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance. Les parents de l’école de Pokemouche ont été sidérés d’apprendre en novembre qu’il y a de l’amiante dans leur école.

Sous la pression des parents et surtout des médias, le District scolaire francophone Nord-Est a fini par avouer qu’on retrouve de l’amiante dans la moitié des écoles dont il a la responsabilité. Lesquelles? Le district s’est engagé à rendre publique l’information, mais, plusieurs mois plus tard, les parents attendent toujours.

La bonne nouvelle, c’est que Fredericton avance cependant dans la bonne direction. Des modifications à la loi permettront bientôt aux parents le droit de consulter les rapports d’inspection des garderies agréées.

C’est bien, mais ce n’est pas assez. Au risque de se répéter, tout le monde, y compris les journalistes, doit avoir accès à tous les rapports, pas seulement les utilisateurs. C’est la seule façon de nous assurer que les normes sont appliquées par le ministère et respectées dans les garderies.

Une étude préparée en 2012 par le King’s College de Halifax a révélé que le Nouveau-Brunswick se classe dans la cave en ce qui a trait à la divulgation de l’information. Nous rêvons du jour où la province quittera cette honteuse dernière position.

Cela, bien sûr, en respectant la confidentialité des personnes touchées, en particulier les enfants. Trouver le bon équilibre ne sera pas facile, mais il faudra y arriver.