Le pouvoir et les élections

C’est probablement parce que le ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques du gouvernement Harper, Pierre Poilievre, s’est permis d’accuser le directeur général des élections, Marc Mayrand, de porter un gilet aux couleurs d’une équipe, non spécifiée, qu’un député conservateur, secrétaire parlementaire et membre du comité qui étudie le projet de réforme d’Élections Canada, s’est permis de revenir à l’attaque du gardien de notre institution démocratique fondamentale. Selon Tom Lukiwski, le député en question, le directeur général d’Élections Canada, n’avait pas le droit de commenter le projet de loi visant à transformer l’organisme fédéral responsable d’organiser et de superviser le déroulement des élections fédérales au pays.

Tout en prétendant que le projet de réforme d’Élections Canada ne constituait pas une attaque à l’institution, Poilievre a accusé le directeur général Marc Mayrand de manquer d’objectivité. Celui-ci, cependant, n’a fait que s’assurer que les règles qui régissent les élections fédérales soient respectées. Quoi qu’en dise le valet du premier ministre, Poilievre, le projet de réforme d’Élections Canada vise à intimider le directeur général, le gouvernement cherchant sans doute à provoquer chez M. Mayrand une autocensure quand il s’agit de rappeler à l’ordre le parti au pouvoir, comme Élections Canada l’avait fait à la suite du scrutin de 2006, quand le Parti conservateur du Canada avait été pris à dépasser le plafond des dépenses électorales permises.

Cette année-là, la caisse électorale du parti de M. Harper débordait d’argent. Les bonzes conservateurs avaient imaginé un stratagème pour financer des associations de circonscriptions avec la caisse centrale du parti, en prétendant qu’ils avaient le droit de le faire parce que financer des associations de comtés ne constituait pas une dépense électorale. L’argent de la caisse centrale du parti avait servi à financer des annonces publicitaires électorales dans des marchés locaux, postes de télévision, de radio ou encore dans des journaux locaux. Les associations de comtés étaient facturées pour les annonces, et la caisse centrale leur envoyait l’argent pour acquitter la facture.

On se souvient que le député conservateur et ministre conservateur du Labrador avait dû démissionner parce qu’il n’avait pas respecté les limites de dépenses électorales prescrites par Élections Canada. Même scénario pour un député de l’Ontario, Dean Del Mastro, sans compter les cas d’appels automatisés frauduleux, qui font l’objet d’une enquête par Élections Canada.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement accuse des fonctionnaires de l’État d’être partisans. Souvenez-vous de l’Agence canadienne pour la sécurité nucléaire, quand les activités de la centrale nucléaire de Chalk River avaient été suspendues parce que la vieille centrale montrait des signes de fatigue et devait être réparée avant de poursuivre la production d’isotopes médicaux. Sa présidente avait été accusée d’être une sympathisante libérale déterminée à embarrasser le gouvernement conservateur. En fait, elle était une scientifique respectée par ses pairs et ses employées.

Le gouvernement n’en est pas resté là. Il s’en est pris, par la suite, aux scientifiques d’Environnement Canada à qui il avait interdit toute apparition publique pour discuter ou simplement rendre compte publiquement des conclusions de leurs études sur les changements climatiques. Ces études contredisaient les prétentions politiques du gouvernement Harper présentées dans les forums internationaux sur les changements climatiques. La directive s’est finalement étendue à tous les scientifiques fédéraux, y compris ceux des pêches. Le premier ministre n’aime pas voir ses points de vue contredits, même si les données et les observations sont parfaitement objectives et amplement documentées.

Nous ne sommes pas surpris par les déclarations de Poilievre et Lukiwski. Leurs accusations adressées au DG d’Élections Canada reflètent tout simplement une attitude maintes fois manifestée par ce gouvernement depuis son élection en 2006. Tout en prétendant agir dans l’intérêt de la société canadienne, il nous apparaît assez clairement que l’intérêt prioritaire du gouvernement est fixé sur les prochaines élections.