Le respect mutuel

Certains lecteurs auront sûrement sourcillé en lisant la nouvelle que la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne a opté pour offrir les services dans les deux langues officielles de la province, même si la loi ne l’y oblige pas.
Il n’y a pas que les commissions de services régionaux qui soient tenues par la Loi sur les langues officielles d’offrir des services bilingues. Toutes les municipalités dont la population est composée d’une minorité linguistique qui représente au moins 20 % de la population doivent le faire, depuis la décision de la Cour sur ce qui est convenu d’appeler l’affaire Charlebois.
Mario Charlebois avait contesté devant les tribunaux le fait que les arrêtés municipaux de certaines villes, dont Saint-Jean, n’étaient pas disponibles en français. Après que Charlebois eut obtenu gain de cause, le gouvernement a ordonné la traduction des arrêtés municipaux des gouvernements locaux où vivaient les deux communautés linguistiques. C’est aussi ce qui avait un peu, pour ne pas dire tout à fait, forcé la main du gouvernement provincial de l’époque à revoir la Loi sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick et à en adopter une version amendée, améliorée de notre perspective comme francophones de cette province. Une douzaine d’années plus tard, les municipalités visées ayant dû se conformer aux dispositions de la loi, les arrêtés municipaux des principales villes de la province sont, du moins en principe, tous disponibles en français.
Les commissions de services régionaux, créées par le gouvernement Alward assez tôt dans son mandat, sont assujetties par la Loi sur les langues officielles. Et toutes les commissions qui desservent un territoire où vit une population linguistique représentant 20 % de la population totale doivent obligatoirement offrir un service dans les deux langues.
Le cas de la commission de la Péninsule acadienne est particulier en ce sens qu’elle est exemptée de cette obligation, comme vous avez pu le lire dans notre édition d’hier.
Nous comprenons la préoccupation du maire de Lamèque, Réginald Paulin, quand il demande pourquoi la commission devrait se créer une obligation dont elle est actuellement exemptée.
Il suffit de penser aux anglophones de l’île de Miscou, ou à ceux de Pokeshaw qui fréquentent l’église de Grande-Anse, ou encore à ceux de Tabusintac, comme le rappelait le maire de Néguac. Ces concitoyens sont nos voisins. Ils fréquentent les mêmes endroits, institutionnels ou commerciaux, et comme nous ils paient leur impôt foncier et ils votent pour les mêmes candidats. Mais ils sont aussi en relation avec des anglophones d’autres régions de la province, dont certains qui digèrent encore très mal la Loi sur les langues officielles et ses implications au quotidien.
L’intelligence de la décision de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne c’est de nous protéger d’être cités en exemple comme une communauté majoritaire francophone aussi intolérante que les bigots anglophones qui s’élèvent, encore de nos jours, contre le bilinguisme et la loi et les règlements qui le régissent.
Mais ce n’est pas uniquement une question de ne pas nous contredire entre notre discours et notre pratique, d’éviter le paradoxe, de maintenir l’exigence d’obtenir des services dans notre langue et le refus de l’accorder à nos semblables. Ce n’est pas seulement une question de droit, c’est une question d’empathie et de respect surtout, en évitant de leur faire vivre ce que malheureusement encore beaucoup trop de commerçants dans les grandes villes de la province font vivre à leur clientèle francophone.
La décision de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne d’offrir les services dans les deux langues est la bonne. Non seulement fait-elle preuve de respect envers tous les citoyens qu’elle dessert, mais elle impose aussi le respect.