L’hôpital de tous les francophones

Le sort du Centre hospitalier universitaire (surnommé CHU) Dr-Georges-L.-Dumont laisse peu de francophones indifférents. Il est de loin le plus important hôpital francophone de la province, et le seul à offrir une multitude de services spécialisés dans notre langue. Son rayonnement dépasse de beaucoup la région de Moncton.

Le CHU Georges-Dumont se retrouve souvent dans l’actualité. C’est généralement à cet endroit que le gouvernement provincial injecte les plus fortes sommes, puisque c’est là que sont proposés les projets les plus importants et les plus spécialisés. En 2009, à titre d’exemple, Fredericton a approuvé un projet d’agrandissement de 73 millions $.

L’une des clefs de la croissance de ce qui était alors l’Hôpital régional Dr-Georges-L.-Dumont a été sa relation privilégiée avec la Régie de la santé Beauséjour. Les deux organismes travaillaient main dans la main, au point de ne pratiquement former qu’un. Les priorités de Dumont étaient celles de Beauséjour, et vice-versa. Il n’était pas rare de voir les dirigeants de la régie Beauséjour prendre la parole dans les médias pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il débloque des fonds.

Cette situation était unique en Acadie. C’est pourquoi la disparition de la Régie de la santé Beauséjour et la décision d’inclure tous les hôpitaux francophones au sein d’une même régie, appelée Réseau de santé Vitalité, ont eu l’effet d’un coup de masse dans le Sud-Est. Encore aujourd’hui, plusieurs n’acceptent toujours pas de devoir se battre avec les hôpitaux du Nord pour faire progresser leurs initiatives.

La lutte a été féroce pour empêcher la fusion. Égalité santé en français, un regroupement avec à sa tête le Dr Hubert Dupuis, a mené la charge devant les tribunaux. Il n’a pu empêcher la fusion, mais a obtenu que le Réseau de santé Vitalité soit reconnu comme une organisation francophone, et non bilingue. Égalité santé en français a aussi réussi à négocier une entente avec le gouvernement provincial afin de réduire l’inégalité du côté des services entre les établissements de santé francophones et anglophones. En effet, le réseau Vitalité offre beaucoup moins de services tertiaires que sa contrepartie anglophone, le Réseau de santé Horizon. L’entente historique qui a été signée a poussé l’Acadie Nouvelle à faire du docteur Dupuis sa Personnalité de l’année en 2012.

Mais voilà, le dossier ne progresse pas aussi rapidement qu’espéré, et Égalité santé en français revient à la charge pour que Fredericton tienne ses promesses. Cela inclut, entre autres, des investissements afin que le CHU Dr-Georges-L.-Dumont puisse véritablement remplir son rôle de centre hospitalier universitaire. Une cause importante qu’il ne faut surtout pas abandonner.

Par contre, un argument apporté par le Dr Hubert Dupuis nous laisse songeurs. Une entente signée entre la province et Égalité santé en français en 2010 prévoit qu’une majorité de membres du comité stratégique de recherche du Réseau de santé Vitalité vivent dans le Sud-Est. M. Dupuis déplore que ce ne soit pas le cas. C’est de bonne guerre. Le gouvernement doit en effet respecter sa signature.

Par contre, M. Dupuis va trop loin en affirmant que le fait que les membres-votants viennent surtout du Nord ralentit le développement du CHU, «car ils n’ont pas à coeur son développement. Puisqu’ils ne viennent pas du Sud-Est, ils ne s’en occupent pas et ça n’avance pas».

Cette déclaration controversée rappelle qu’ils sont nombreux à vouloir le beurre et l’argent du beurre. Ou, dans ce cas-ci, avoir l’argent et offrir les services d’un grand hôpital provincial, mais le diriger comme s’il appartenait aux gens de Moncton.

La campagne de financement de l’Arbre de l’espoir, qui rapporte annuellement plus de 1 million $ par année dans les coffres de la fondation de l’hôpital, est un succès grâce à la générosité de tous les francophones, qui vivent en majorité dans le Nord. Et si le CHU Dumont a gagné au fil des ans autant d’importance, c’est parce qu’il offre des services aux patients de toute la province, pas seulement à ceux du Sud-Est.

Ces disputes Nord-Sud sont puériles et contre-productives. Le CHU Dumont est l’hôpital de tous les francophones, et pas seulement quand vient le moment de solliciter notre argent lors des campagnes de financement. Il est grand temps que tous les décideurs du domaine de la santé l’acceptent une fois pour toute.