Pénible périple

On peut difficilement circuler en sécurité en Afghanistan; la corruption constitue un frein sérieux au développement de ce pays dont le potentiel économique est extraordinaire, étant donné la richesse de ses ressources naturelles. La violence faite aux femmes demeure courante et atroce. Mais en éducation, depuis 2001, l’Afghanistan a progressé à pas de géant.

Après plus d’une décennie de présence en Afghanistan, le Canada a rapatrié ses derniers militaires. La présence militaire du Canada aura coûté tout près de 20 milliards $, un peu plus si on comptabilisait les investissements en équipement militaire nécessaires pour une mission de combat. Cent cinquante-huit militaires sont décédés en Afghanistan, de même que quatre civils, une journaliste et un diplomate, portant le nombre de victimes canadiennes à 164 personnes. C’est peu, quand on sait que durant la même période 25 000 civils afghans sont décédés par mort violente.

Quel bilan peut-on tirer de ce pénible périple en terre éloignée?

Après avoir refusé à George W. Bush l’envoi de militaires canadiens pour envahir l’Irak, le premier ministre Jean Chrétien, avec l’approbation du Parlement canadien, accepte en 2002 d’envoyer des troupes canadiennes en Afghanistan. La mission des troupes britanniques, américaines et canadiennes était noble: amener l’Afghanistan sur la voie de la démocratie. On espérait faire passer l’Afghanistan d’un pays en guerre depuis 30 ans à un pays pacifique administré par un gouvernement élu démocratiquement et apte à assurer la sécurité et le bien-être de ses citoyens. En 12 ans, la communauté internationale aura investi des centaines de milliards de dollars.

Sur le plan de la sécurité dans le pays, c’est un échec. Bien que des dizaines de milliers de policiers et militaires afghans ont été formés, l’Afghanistan continue d’être le théâtre d’actes terroristes sur une base régulière, particulièrement à Kaboul et à Kandahar. Les talibans et leurs fidèles procèdent encore régulièrement à des attaques suicides très meurtrières.

Bien que des structures démocratiques aient été mises en place en 2004, que les Afghans ont bravé lors des premiers scrutins les menaces talibanes de représailles, la corruption s’est fermement installée dans la gestion des affaires de l’État, et on peut certainement affirmer sans exagérer que l’Afghanistan a encore beaucoup de progrès à réaliser avant de prétendre être un État de droit, démocratique et équitable. D’ailleurs, le premier ministre Harper a souligné qu’il reste à l’Afghanistan un parcours encore long avant d’être considéré comme une démocratie.

Tout n’est pas noir. C’est vrai qu’on peut difficilement circuler en sécurité en Afghanistan et que la corruption constitue un frein sérieux au développement de ce pays dont le potentiel économique est extraordinaire, étant donné la richesse de ses ressources naturelles. C’est vrai aussi que la violence faite aux femmes demeure courante et atroce. Vrai aussi que l’activité économique parmi la plus répandue est encore la culture du pavot, avec tout ce que cela comporte comme activités secrètes et dangereuses.

Mais en éducation, depuis 2001, l’Afghanistan a progressé de façon non seulement notable, mais à pas de géant. Le nombre d’élèves dans les écoles est passé d’un million à huit millions en 2013, rapportait Le Devoir la semaine dernière. Alors que les filles ne représentaient qu’une demie de 1 % des étudiants en 2001, elles comptent aujourd’hui pour 24 % des élèves. En 2001, il n’existait que quatre collèges de formation d’enseignants, qui embauchaient 50 professeurs pour former 450 étudiants. En 2012, on comptait 42 collèges de formation employant 1700 professeurs occupés à former 56 000 étudiants, dont 46 % de femmes. C’est une différence énorme.

Est-ce que la longue présence des Forces armées canadiennes en Afghanistan en a valu la peine? On pourrait répondre par la négative en considérant la situation actuelle du pays. Mais la vraie réponse est entre les mains du peuple afghan. Transformer une société prend du temps, surtout quand elle a été retenue pendant si longtemps en étant enlisée dans des conflits armés. Si les progrès déjà effectués en éducation inspirent le peuple afghan à se prendre en main, plutôt que de s’endormir dans la corruption et l’argent vite fait, il y a de l’espoir, mince, mais présent.