Le lieutenant fidèle

Difficile de départager la politique fiscale personnifiée par l’ex-ministre des Finances, Jim Flaherty, de celle de son patron, le premier ministre Stephen Harper. Par exemple, à peu près tout le monde se rappelle que la promesse électorale fétiche de Stephen Harper aux élections de 2006 était la baisse de la taxe sur les produits et services (TPS). Or, on impute cette mesure à l’héritage de M. Flaherty. En établissant le bilan du règne de huit ans du ministre Flaherty, quelles décisions peut-on attribuer au ministre des Finances et lesquelles ont été imposées par son patron, le premier ministre Harper?

Pour la TPS, c’est clair, la mesure était voulue et imposée par l’engagement électoral de Stephen Harper. En ce qui concerne l’autre approche fiscale prédominante dans le discours du gouvernement Harper, l’équilibre budgétaire, c’est plus nuancé.

Au début de son mandat comme ministre des Finances, Jim Flaherty a hérité des gouvernements Chrétien-Martin de finances publiques en bonne santé. Malgré cela, Jim Flaherty cherchait encore à amincir la taille de l’appareil gouvernemental fédéral en comprimant les postes et les programmes. Sur ce point, il partageait entièrement l’approche du premier ministre Harper, une approche que M. Flaherty avait utilisée quand il était ministre des Finances de l’Ontario sous le régime de Mike Harris. Le but de cette démarche étant ultimement de baisser les impôts, pour les particuliers, bien sûr, mais surtout pour les corporations. Leur philosophie veut que de telles mesures libèrent des fonds pour l’entreprise privée, les grandes comme les petites, des fonds qui, réinvestis, engendrent la prospérité économique.

Dans les revues de presse, on attribue aussi au ministre Flaherty la décision d’avoir contracté un déficit budgétaire important en 2008 pour empêcher le pays de s’enliser trop profondément dans la crise financière cette année-là. On oublie que ce sont les partis d’opposition qui avaient menacé de défaire le gouvernement Harper s’il persistait, comme il l’avait fait, à présenter un budget équilibré qui ne comportait initialement aucune mesure visant à contrer les effets de la crise financière.

Quant au retour à l’équilibre budgétaire pour 2015, c’est définitivement un objectif fixé par le premier ministre Harper. Avant le dépôt du budget, influencé par certaines analyses économiques, M. Flaherty avait laissé entendre à la fin de 2013 que l’atteinte de l’équilibre budgétaire pourrait attendre jusqu’en 2017 si la reprise économique se révélait plus faible qu’anticipée. Le premier ministre Harper avait immédiatement réagi; l’équilibre budgétaire, c’est pour 2015.

Si M. Flaherty a été un lieutenant fidèle à qui le premier ministre Harper faisait visiblement confiance, fidèle au point d’avoir l’air presque soumis à tous les désirs et les directives de son patron, il a manifesté un caractère beaucoup plus autoritaire dans ses relations avec ses homologues provinciaux, notamment, mais pas exclusivement, dans le dossier du financement fédéral de la santé. Il n’a pas seulement été autoritaire, mais opaque, à l’image de son chef: même le directeur parlementaire du budget n’a pu obtenir les informations précises concernant les compressions de personnel des ministères et des agences visées.

L’initiative dont on attribue la paternité à Jim Flaherty touche le marché immobilier. Député de la région de Toronto, la bulle immobilière le préoccupait. En resserrant les règles d’accès au crédit pour l’achat d’une maison, le marché s’est comprimé, les prix ont légèrement baissé. Mais c’est une mesure qui n’a touché directement que les marchés très spéculatifs de Toronto et Vancouver, et qui a eu un effet moins significatif dans d’autres villes comme Montréal ou Halifax.

M. Flaherty a été un lieutenant fidèle de Stephen Harper, mais au cours des derniers mois le ministre des Finances n’avait plus le même enthousiasme. Avocat de formation, sa longue expérience à des postes clés en politique provinciale et fédérale en fera un conseiller recherché par des clients prêts à payer le gros prix.