L’heure des choix éclairés

Depuis hier, c’est officiel, nous sommes en campagne électorale. Les mordus des affaires politiques se réjouissent, les jeunes parents gardent un œil distrait pendant qu’ils préparent leurs enfants à la rentrée scolaire, et tout le monde essaie de se rappeler ce que les partis politiques avancent comme projet politique pour les quatre prochaines années, ou pour l’avenir à moyen et à long terme.

La semaine prochaine, le sondage trimestriel de Corporate Research sera publié, mais nous ne devrions pas avoir de grandes surprises: depuis mai 2013, les libéraux de Brian Gallant sont en tête, le Parti progressiste-conservateur de David Alward avait glissé en troisième place, mais il a repris la seconde place. Le NPD dirigé par Dominic Cardy, après s’être maintenu à 27 % pendant plusieurs mois, a glissé sous la barre des 20 %, puis suivent le Parti vert de David Coon et le parti de Kris Austin, l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, qui n’est sur l’écran radar d’à peu près personne. En début de campagne, nous ne devrions pas voir de résultats sensiblement différents du sondage dévoilé en juin.

S’agissant de sondages, la décision du Parti progressiste-conservateur de lancer sa campagne médiatique en incitant les citoyens du Nouveau-Brunswick à dire oui à l’industrie du gaz de schiste a quelque chose d’inattendu. Peu de sondages ont sondé profondément l’opinion publique sur ce dossier. On peut retenir, de ceux qui ont été publiés, qu’en dehors des régions prospectées par l’industrie où l’opposition est souvent vive, dans les grands centres urbains, la population ne juge pas cette industrie aussi sévèrement. Mais le parti de David Alward a certainement dû creuser la question; il doit disposer de sondages d’opinion qui l’incitent à prendre le risque de faire du développement de cette industrie un enjeu majeur de la campagne. Le risque est très grand: depuis trois ans, le gouvernement Alward promeut l’industrie du gaz de schiste comme une voie vers la prospérité de la province, un message qui n’a pas convaincu les électeurs. Pourquoi le développement de l’industrie gazière serait-il mieux accepté en campagne électorale?

Depuis quelques semaines, les libéraux dévoilent une à une des mesures qu’ils entendent mettre en œuvre s’ils forment le gouvernement après les élections du 22 septembre. Ces annonces se font d’une position plutôt confortable: quant aux intentions de vote, le sondage de juin donnait aux libéraux une avance de 25 points sur le parti au pouvoir. Avec une telle avance, il faudrait commettre un impair majeur pour que soudainement la lutte entre les deux partis traditionnels se resserre au point où l’opportunité de former le gouvernement échappe aux troupes de Brian Gallant.

Le Nouveau Parti démocratique reste quand même optimiste, malgré une chute assez importante dans les sondages au cours de la dernière année: onze points de moins en juin dernier par rapport aux résultats de juin 2013. Pour le moment, le NPD ne vise pas à former le gouvernement; ce serait un objectif louable, mais irréaliste. Si le NPD arrivait à faire élire son chef comme député à l’Assemblée législative et un ou deux autres députés, ce serait l’équivalent d’un exploit électoral pour ce parti que les électeurs du Nouveau-Brunswick n’ont jamais considéré sérieusement comme une alternative pour former le gouvernement.

Le discours du Parti vert, mené par David Coon, se présentera comme la conscience environnementale de la campagne. Le discours de David Coon ne se limitera pas, toutefois, aux questions environnementales. Il compte bien exposer à l’électorat comment le développement économique doit se faire au Nouveau-Brunswick, en adoptant une approche novatrice et responsable.

Ce qui est rassurant à propos du parti de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick c’est que personne ne s’y intéresse: les derniers sondages donnent à ce parti un gros zéro dans les intentions de vote des électeurs. Étant donné les positions qu’il défend, l’indifférence de l’électorat à l’endroit de l’Alliance est réconfortante.

Pour cette campagne qui s’amorce, gardons l’esprit ouvert. Évaluons ce que les partis nous proposent avant de décider pour qui voter. Au journal, la mission que nous nous donnons est de vous exposer la perspective la plus large possible de ce qui se dira durant la campagne, de vérifier les faits et de vous les rapporter pour éclairer votre jugement et votre choix.