Les sceptiques ont été confondus

Un succès au-delà de toutesles espérances.

Il n’y a pas d’autre façon de décrire le 5e Congrès mondial acadien, qui a pris fin dimanche soir avec un spectacle à Cabano. Tant les organisateurs que la population de cette région hôtesse, formée du nord-ouest du Nouveau-Brunswick, du nord du Maine et du Témiscouata québécois, peuvent se péter les bretelles. Ce congrès peut désormais être classé dans la colonne des réussites de l’Acadie.

Le pari était pourtant complètement fou: organiser un méga-événement sur un grand territoire à cheval sur trois frontières. Outre une proximité géographique, ces trois peuples ne partagent en effet pas tant de choses. Pour de nombreux Brayons, le Maine est avant tout un endroit où acheter de l’essence ou du lait à bas prix et le Québec, un lieu où la bière est moins chère et où les bars ferment plus tard. Il y avait une réelle possibilité que chacun fête dans son coin, dans sa région, sans se préoccuper de ce qui se passe de l’autre côté des frontières.

Ce ne fut finalement pas le cas, ou si peu. Les activités locales sont et feront toujours partie intégrante des congrès acadiens. Mais les événements phares ont réuni leur part de spectateurs. Les soirées musicales du quartier Saint-Jacques ont aussi été très courues. Bref, il semble que tout le monde a pu trouver son compte. La décision d’organiser un grand congrès, et non pas «trois petits», a au bout du compte été payante.

Parmi les plus beaux moments du CMA, notons deux activités chargées de symbolisme, soit la rencontre à la borne des trois frontières, au beau milieu de nulle part, mais suivie par des centaines de personnes par vidéoconférence, et la traversée du fleuve Saint-Jean en barge, de Saint-Léonard jusqu’au Maine. Cette traversée – un petit miracle quand on pense aux tendances paranoïaques des responsables de la sécurité des frontières aux États-Unis – a rappelé que si ce n’était des aléas de l’histoire, bien peu sépareraient ces francophones éparpillés d’un bord et l’autre du fleuve.

Nous nous en voudrions aussi d’ignorer le succès du tintamarre de Madawaska (Maine). Plus de 10 000 personnes y ont participé, un chiffre impressionnant, et encore plus quand on tient compte du contexte. En effet, les rares tintamarres de la région n’attirent généralement que quelques centaines de personnes. Que plus de 10 000 personnes aient pris part à celui-ci, malgré l’obstacle que constitue la frontière américaine, est un exploit et un souvenir inoubliable.

Lorsque les organisateurs feront leur bilan, ils ne devront pas faire l’erreur d’oublier les activités qui ont moins bien fonctionné. Sans avoir été un échec, l’ExpoMONDE de Grand-Sault a intéressé moins de gens que prévu. Est-ce parce qu’il n’était pas assez central? Y avait-il un manque d’intérêt? Difficile à dire, mais il reste que plusieurs artistes ont dû offrir leur spectacle devant des sièges dégarnis. Dommage.

De même, le pavillon multimédia, censé être un «terrain de jeu technologique», n’a pas séduit beaucoup de joueurs. Les organisateurs ont dû réviser leur grille tarifaire pour encourager plus de personnes à venir découvrir un endroit qui était par moments très tranquille, malgré les coûts importants pour le mettre sur pied.

Des discussions devront aussi avoir lieu à propos des nombreux sommets qui ont se sont déroulés pendant l’événement. Plusieurs d’entre eux ont déçu, côté participatif. Y en a-t-il trop? Certaines activités ont à peine attiré quelques dizaines de personnes. Les échanges ont été intéressants, mais la plupart d’entre eux seront vite oubliés, à l’exception, peut-être, de la déclaration des femmes sur le droit à l’égalité. Serait-il possible que les Acadiens aiment le côté «festif» des CMA, mais se préoccupent fort peu de la partie «congrès»? Même les déclarations controversées d’Herménégilde Chiasson sur les Acadiens et la fierté n’ont plus eu beaucoup d’échos, passées le jour où elles ont été dites.

La question, maintenant, est de voir si ce congrès aura des suites. Les organisateurs affirment qu’il ne sera un véritable succès que s’il débouche sur une plus grande collaboration entre citoyens du Madawaska, de Victoria, du Maine et du Québec. Un beau défi.

En effet, nous avons tendance à voir l’impact des CMA à travers la lorgnette de celui de 1994, qui a sonné le réveil de l’Acadie du Sud-Est. Les congrès qui ont suivi n’ont pas tous eu autant de retentissement.

Remarquez, les gens de l’Acadie des terres et des forêts nous ont surpris à plus d’une reprise au cours des dernières semaines. Peut-être ont-ils encore quelques tours dans leur sac. D’ici là, le flambeau a été transmis. L’Acadie mondiale se reverra dans cinq ans, dans le Sud-Est et à l’Île-du-Prince-Édouard.