Une campagne… en attendant les réponses

Deux formations politiques peuvent de façon réaliste aspirer au pouvoir au Nouveau-Brunswick. Ce sont toujours les mêmes, soit le Parti progressiste-conservateur et le Parti libéral. Ils mènent tous les deux une campagne électorale traditionnelle dans l’espoir de sortir gagnant le 22 septembre, jour du scrutin.

Le plan de campagne des conservateurs est devenu clair, il y a déjà quelques mois, avec la décision de se présenter ouvertement comme le parti des emplois et de l’énergie. Fini l’époque où les ministres affirmaient que les permis d’exploration de gaz de schiste avaient été livrés par les libéraux. Désormais, David Alward et son équipe s’assument.

Ils ont frappé un grand coup en lançant leur campagne près de puits de gaz naturel. Personne ne peut prétendre ignorer où se situe ce parti sur cette question. Une position beaucoup plus claire que celle du Parti libéral, qui est officiellement en faveur d’un moratoire, ce qui laisse sous-entendre qu’il pourrait ensuite donner le feu vert à l’industrie… ou non.

La stratégie mise sur pied par les bleus a néanmoins une conséquence. Le message prend toute la place et risque de devenir redondant. Mardi soir, alors que M. Alward acceptait sa nomination en tant que candidat dans la circonscription de Carleton, il a répété que le gaz de schiste rapporterait des centaines de millions de dollars en redevances à son gouvernement et créerait des milliers d’emplois qui permettront de rapatrier les travailleurs néo-brunswickois exilés dans le nord du Québec, au Labrador, à Fort McMuray…

Pendant ce temps, ses autres engagements tombent à plat. Que ce soit au niveau de l’agriculture, des aînés, de la création d’un fonds pour les générations futures (financé à même de futures redevances du gaz de schiste) ou de sa promesse d’élaborer une stratégie sur l’exportation, David Alward ne réussit décidément pas à faire rêver les électeurs. Sa volonté d’augmenter de 2 $ l’heure les salaires des employés d’usine de transformation est intéressante, mais sera-t-elle suffisante pour percer des circonscriptions traditionnellement libérales?

Son principal adversaire, Brian Gallant, malgré sa prétention de faire de la politique autrement, a choisi de mener une campagne traditionnelle, comme nous en avons tant vu au Nouveau-Brunswick. Une à deux promesses par jour, des engagements qui dépassent le milliard de dollars, et la promesse de changement. Il a fait appel à Paul Martin et à Justin Trudeau pour l’appuyer. Notons aussi que certaines de ses promesses s’échelonnent sur plus de quatre ans, ce qui lui permettrait de réclamer un (hypothétique) deuxième mandat en 2018 sans se faire accuser d’avoir manqué à sa parole.

Son slogan («Le Nouveau-Brunswick en marche») est moins accrocheur que celui des bleus («Disons OUI»). Pourtant, M. Gallant donne lui aussi l’impression de vouloir dire OUI à tout le monde. Si on se fie à son catalogue de promesses, un gouvernement libéral jouirait apparemment de revenus illimités. Il prévoit notamment assurer que chaque Néo-Brunswickois ait un médecin de famille, et entend diminuer le taux d’imposition des PME. Son principal engagement: investir pas moins de 900 millions $ supplémentaires sur six ans dans le réseau routier et les infrastructures de la province.

En agissant ainsi, Brian Gallant imite son prédécesseur, Shawn Graham, qui avait promis la lune aux électeurs en 2006.

Ses promesses étaient évaluées à plus de1 milliard $ pendant son mandat, cela en s’engageant à ne pas augmenter les impôts. La stratégie a bien fonctionné, il a gagné ses élections, si bien qu’en 2010 tant les libéraux que les progressistes-conservateurs se sont livrés à une surenchère de promesses toutes plus coûteuses les unes que les autres.

Si la campagne 2014 bat son plein, elle ne fait toutefois que commencer. Les aspirants au poste de premier ministre n’hésiteront pas dans les prochains jours et prochaines semaines à s’engager à offrir d’autres programmes aussi dispendieux les uns que les autres, et surtout payés à même notre portefeuille. La publication de sondages pourrait aussi changer la donne.

David Alward et Brian Gallant seront appelés à un certain moment à dire aux électeurs comment ils financeront tous leurs grands projets, tout en réduisant le déficit provincial. Augmenteront-ils nos impôts? Ajouteront-ils de nouvelles taxes? Élimi-neront-ils des programmes gouverne-men-taux? Et, si oui, lesquels?

Le chef qui répondra trop clairement à ces questions risque d’hypothé-quer ses chances d’obtenir le pouvoir. Les vraies réponses, nous les obtiendrons dans les deux premières années du mandat, sous forme de promesses brisées et d’hausses d’impôt.