L’homme des causes désespérées

Nous écrivions en éditorial, jeudi, que seulement deux partis politiques peuvent de façon réaliste prétendre au pouvoir au Nouveau-Brunswick. Mais n’allez surtout pas le répéter à Dominic Cardy. Il n’y a pas de défi impossible à relever aux yeux du dynamique chef du Nouveau Parti démocratique.

Dominic Cardy est de la trempe de ceux qui n’ont peur de rien. Les lecteurs de la chronique Saint-Cyr rencontre, publiée chaque samedi dans l’Acadie Nouvelle, ont appris comment il s’est fait les dents au Bangladesh, où il a oeuvré à la mise sur pied d’une fragile démocratie. Il s’est ensuite rendu au Cap-Breton où son travail en coulisses a permis aux néo-démocrates de renverser en 1997 le ministre libéral David Dingwall, une victoire aussi surprenante et spectaculaire que celle d’Yvon Godin contre Doug Young, le même soir, dans Acadie-Bathurst.

Bref, M. Cardy n’est pas étranger aux causes désespérées. Ce n’est pas la première fois qu’il s’engage dans un combat qu’on lui dit perdu d’avance. Il a fait mentir beaucoup de monde au cours des années.

Aussi, son arrivée à la tête du Nouveau Parti démocratique du Nouveau-Brunswick est inespérée pour cette formation politique qui vivote depuis le départ de son ancienne leader, Elizabeth Weir, en 2005. Elle avait réussi à se faire élire dans sa circonscription de Saint-Jean-Sud, puis Saint-Jean-Havre, pendant quatre élections consécutives. Son départ a laissé un vide immense. Le règne de son successeur, Allison Brewer, a été désastreux. Aux élections de 2006, elle n’a réussi à convaincre que 48 personnes à se porter candidates sous la bannière orange (sur 55 circonscriptions). Son parti n’a obtenu que 5,1 % des votes. Son successeur, Roger Duguay, a redressé la barre, mais sans réussir à faire élire un seul candidat aux élections de 2010.

L’arrivée de Dominic Cardy dans le portrait a donné un nouveau souffle au NPD. Le parti est plus présent dans l’actualité, et son chef a réussi à s’imposer comme un incontournable. Ses interventions sont fréquemment relayées dans les médias et forcent parfois les membres du gouvernement à réagir. Personne ne remet en question sa présence aux deux débats des chefs, qui auront lieu pendant la campagne électorale sur les ondes de la télévision d’État.

Néanmoins, M. Cardy n’a pas accompli de miracle le soir de l’élection complémentaire du 25 juin 2012, dans Rothesay, quand il a terminé en troisième position. Le conservateur Hugh John Flemming, appelé à devenir ministre de la Santé du gouvernement Alward, avait triomphé à l’issue d’une lutte à trois.

M. Cardy a cependant eu un premier moment de gloire au N.-B., quand un sondage a révélé en septembre 2013 que sa formation était à égalité en deuxième position dans les intentions de vote avec le Parti progressiste-conservateur, loin derrière les libéraux. Le NPD a depuis repris sa traditionnelle troisième position, mais continue de croire en des jours meilleurs.

Alors que la campagne bat son plein, le chef et son équipe parlent désormais du «nouveau NPD», soit un parti capable de jouer dans la cour des grands. Il sillonne le Nouveau-Brunswick à bord d’un minibus (une première pour ce parti) qui transporte son équipe, le chef et les journalistes. Ses promesses sont ciblées et surtout réalistes. Si la défense des travailleurs et des démunis restent le thème central de sa campagne, il laisse de côté, critique et même ridiculise les engagements coûteux, évalués à plusieurs centaines de millions de dollars, des partis traditionnels, et en particulier les libéraux. Il tente de s’imposer comme la voix du bon sens, un virage qui avait d’ailleurs été amorcé sous Roger Duguay, il y a quatre ans.

Mieux encore, le parti compte pour la première fois sur une brochette de candidats crédibles et vedettes. Kelly Lamrock, Bev Harrison et Brian Duplessis peuvent tous espérer réaliser un bon score dans leur circonscription, le 22 septembre.

Pourtant, les chances que le NPD fasse élire des candidats, ou même un seul, restent très faibles. L’immense majorité des Néo-Brunswickois qui iront voter appuieront les libéraux ou les conservateurs. C’est comme ça depuis la Confédération. Même la vague orange de Jack Layton n’a entraîné qu’une hausse éphémère des appuis néo-démocrates dans la province, mais sans mener à l’élection de députés autres qu’Yvon Godin.

Cela dit, nous l’écrivions plus haut, Dominic Cardy a l’habitude de faire mentir les gens. Nous espérons que  ce sera encore le cas. Le Nouveau-Brunswick est dans une situation difficile, les défis sont gigantesques, et nous profiterions tous de la présence à Fredericton d’un caucus néo-démocrate fort, capable d’apporter de nouvelles idées à un gouvernement qui en aura bien besoin.