Les millions de Brian Gallant

Un peu plus d’une semaine après le début de la campagne électorale, un constat s’impose. L’enjeu principal n’est pas l’économie, l’état des finances publiques, l’emploi, le gaz de schiste, la santé ou l’éducation. Il s’agit plutôt des centaines de millions de dollars promis à gauche et à droite par le chef de l’opposition sortant, Brian Gallant.

Brian Gallant n’est pas multimillionnaire. Mais un gouvernement dont il dirigerait les destinées donnerait cette image, si on se fie à l’avalanche de promesses faites au cours des 10 derniers jours. Plus besoin de se serrer la ceinture, Fredericton sera soudainement à nouveau en moyens.

Nous exagérons peut-être, mais pas beaucoup. La plupart des observateurs politiques sont stupéfaits de l’importance des engagements électoraux du jeune aspirant premier ministre, qui promet pourtant de faire de la politique autrement. Plus de 1 milliard $ est déjà sur la table… et il reste encore trois semaines de campagne! C’est à se demander ce qui nous sera réservé dans les jours précédant le 22 septembre, en particulier si la course devait se resserrer.

La promesse la plus spectaculaire a été rendue publique dès le début de la campagne: une augmentation de 900 millions $ sur six ans (150 millions $ par année) du budget des routes et des infrastructures. L’ampleur de cet engagement est encore plus grande quand on se souvient que le gouvernement Alward a eu de la difficulté à dégager une soixantaine de millions de dollars, en fin de mandat, pour faire passer à quatre voies une petite section de la route 11, dans le secteur de Shediac.

Un gouvernement Gallant trouverait aussi des fonds pour relancer le nord de la province. Il dégagerait 20 millions $ par année pour le fonds de développement du Nord, et un autre 5 millions $ annuellement pour celui de la Miramichi. Les progressistes-conservateurs devaient en dépenser deux fois plus au cours de leur dernier mandat, mais un manque de projets intéressants et, plus probablement, l’impératif de réduire les dépenses pour combattre le déficit, ont eu comme conséquence que moins d’argent a été dépensé.

Par ailleurs, les libéraux ont aussi eu une pensée pour les jeunes (11,7 millions $ pour financer 1500 stages de quelques mois), les PME (réduction de 4,5 % à 2,5 % des impôts des entreprises qui ont des revenus annuels de moins de 500 000 $), les aînés (un crédit d’impôt de 4,8 millions $ pour la rénovation), les aidants naturels (un crédit d’impôt de 14,9 millions $ pour les personnes qui soignent à domicile une personne à charge à besoins spéciaux ou un aîné membre de la famille), et les malades (un médecin de famille pour tous d’ici 2018, au coût de 12,5 millions $ par année).

Et encore, la liste n’est pas exhaustive. Il serait trop fastidieux de recenser chacune des promesses et leur coût, surtout que l’important n’est pas le total des dépenses à venir, mais plutôt de quelle manière elles seront payées. 

Sept ministres sortants du gouvernement progressiste-conservateur se sont prêtés au jeu, jeudi, et ont proposé un chiffre: 2 milliards $. C’est de combien la dette du Nouveau-Brunswick augmentera si Brian Gallant réalise tous ses engagements.

Évidemment, cela suppose que les libéraux ne feraient aucun choix et perdraient le contrôle des dépenses publiques, comme ce fut le cas sous Shawn Graham de 2008 à 2010. Ce ne serait pas nécessairement le cas. D’ailleurs, tout juste avant le début de la campagne, Brian Gallant nous a offert un aperçu de sa vision en annonçant qu’une fois élu, il révisera tous les programmes du gouvernement, ce qui lui permettrait d’économiser 250 millions $ à compter de son deuxième budget.

N’empêche, nous sommes loin du compte, même en oubliant que le gouvernement provincial a terminé la dernière année avec un déficit de 498,7 millions $ et une dette qui avoisine les 12 milliards $. C’est aussi faire abstraction du plus récent livre de l’économiste Richard Saillant (qui tient chronique dans l’Acadie Nouvelle pendant la durée de la campagne), intitulé Au bord du gouffre?, et qui révèle qu’avec le vieillissement effréné de notre population et notre économie qui est au point mort, le N.-B. fait face au plus grand défi de son histoire moderne.

Or, ces enjeux sont ignorés depuis le début de la campagne. Brian Gallant parle comme si les coffres étaient pleins, sans nous dire comment il payera toutes ces nouvelles dépenses, une fois bien installé au pouvoir. Une stratégie qui a fonctionné pour tous ses prédécesseurs, qu’ils soient bleus ou rouges.

Les politiciens peuvent bien nous promettre la lune une fois aux quatre ans. Néanmoins, ils ont la responsabilité de nous dire quels programmes ils entendent éliminer, de combien ils augmenteront nos taxes et nos impôts, ou alors à quel point ils prévoient nous endetter afin de la payer.