Ottawa et Moncton

La quête de la Ville de Moncton pour se doter d’un amphithéâtre digne de ce nom, en plein centre-ville, se poursuit. Heureusement, malgré l’absence d’un engagement clair et public d’Ottawa, le projet pourrait bien devenir réalité d’ici quelques années sans que les Monctoniens ne portent seuls un fardeau trop lourd.

Aux dernières nouvelles, le coût d’un nouveau Colisée sur la rue Main s’élevait à environ 106 millions $. Cela comprend la construction, mais aussi l’achat du terrain, la démolition du Highfield Square et d’autres variables.

Ces chiffres datent déjà de quelques années et font donc fi du plus grand problème des autorités publiques quand vient le moment de construire des infrastructures, soit l’inflation. Il n’est pas impossible que lors des appels d’offres, Moncton réalise que la facture est beaucoup plus élevée que prévu. Ce n’est pas pour rien que la proposition initiale de quelque 20 000 sièges est rapidement descendue à 10 000, puis à un minimum de 7500 places. Plus on ajoute de sièges, plus on construit en hauteur, et plus ça coûte cher.

Le conseil municipal agit pour le moment de façon responsable en ignorant les appels pour un Colisée qui devrait absolument être beaucoup plus gros que l’actuel, qui peut accueillir jusqu’à 7200 personnes pour une partie de hockey. Moncton a un long historique de dépassements de coûts. Le stade d’athlétisme, par exemple, avait coûté 3,8 millions $ de plus que prévu. Et il ne s’agissait «que» d’un projet de 20,5 millions $. La menace est donc bien réelle que le «Colisée à 100 millions $» coûte finalement 125 ou 150 millions $. La prudence est de mise.

Heureusement, la Ville n’est pas seule. Le gouvernement provincial de David Alward a annoncé tout juste avant les élections qu’il était prêt à dépenser jusqu’à 23,9 millions $ dans la construction. Le chef libéral Brian Gallant n’a pas été appelé à se prononcer, mais rien n’indique qu’un gouvernement qu’il dirigerait abandonnerait la municipalité.

Le gouvernement fédéral, toutefois, continue de se laisser tirer l’oreille. Il refuse de s’engager dans la construction d’amphithéâtres, y compris dans les plus petites agglomérations qui ne comptent pas d’équipes de hockey professionnelles.

Au moins, il semble que ça s’active dans les coulisses et que des efforts soient faits pour permettre à Ottawa d’aider Moncton sans perdre la face. Le fédéral investirait, à travers le Nouveau Fonds Chantiers Canada, dans le transport en commun, dans des travaux sur le système d’égout pluvial et dans divers projets sur la promenade Elmwood. L’argent que la municipalité n’aurait plus à investir à ces endroits serait ainsi redirigé vers le nouveau Colisée. Une solution intelligente et créative.

Il est cependant dommage que la Ville doive participer à une partie de cache-cache pour arriver à ses fins. La construction d’un amphithéâtre en plein centre-ville est une occasion de développement formidable, et dépasse largement le fait d’offrir une nouvelle patinoire aux Wildcats, de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Moncton a eu la chance unique de mettre la main sur un grand emplacement parfait pour son mégaprojet, soit l’ancien centre commercial Highfield Square, présentement en démolition. L’ajout d’un centre de divertissement à cet endroit aura l’effet d’un tonique exceptionnel sur le centre-ville. Pouvez-vous imaginer à quel point la rue Main sera transformée par le fait de recevoir, jour après jour, des milliers de personnes qui, après s’être rendues à un spectacle, à une partie de hockey ou à une exposition, sortiront à pied et auront le goût d’aller dans un bar, de manger dans un restaurant, ou d’acheter un souvenir dans une boutique?

Nous parlons ici d’une dynamique complètement différente que celle qui prévaut. Présentement, une personne qui se rend assister à un événement dans le vieil aréna de la promenade Killam a bien plus de chance d’embarquer dans sa voiture et de retourner directement à la maison que d’aller se promener sur la Main.

Il est inacceptable que l’Agence de développement économique du Canada atlantique, dirigée de surcroît par un ministre d’État néo-brunswickois (Rob Moore), n’ait pas trouvé une façon de s’engager dans un projet qui créera des milliers d’emplois à court terme et permanents, en plus de revitaliser le centre-ville et d’appuyer sa croissance. Le député fédéral de Moncton-Riverview-Dieppe, Robert Goguen, qui affirme avoir ses entrées à Ottawa, a aussi le devoir de livrer la marchandise. Et pas seulement par la porte d’en arrière.

Nous parlons ici d’une occasion de développement économique en or qui ne se reproduira plus. Moncton doit pouvoir compter sur le fédéral. Les développements des derniers jours sont néanmoins de bon augure.