Les tuiles électorales

On a beau avoir tout bien préparé minutieusement, le message central, les sujets des conférences de presse quotidiennes, les horaires, les répliques aux critiques, le moment propice au dévoilement du programme électoral, ça n’empêche pas certaines tuiles de faire dérailler, ne serait-ce que temporairement, une campagne électorale. Les deux chefs des principaux partis, David Alward et Brian Gallant, en ont fait l’expérience ces derniers jours.

Avant hier, le ministre de l’Énergie de la Nouvelle-Écosse, Andrew Younger, a annoncé que le gouvernement de la Nouvelle-Écosse allait déposer un projet de loi interdisant la fracturation hydraulique sur son territoire. Cette conférence de presse du ministre Younger ne pouvait pas plus mal tomber pour le chef du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, David Alward. En annonçant cette décision, le ministre de l’Énergie de la Nouvelle-Écosse isole ainsi M. Alward: Terre-Neuve-et-Labrador avait déjà annoncé un moratoire le temps d’évaluer l’impact environnemental, comme le Québec l’a fait il y a déjà quelques années.

À l’Île-du-Prince-Édouard, il y a déjà trois ans que le gouvernement avait signifié qu’aucun permis d’exploitation du gaz de schiste ne serait accordé avant qu’on en sache plus sur l’impact environnemental du processus de fracturation hydraulique. Entre-temps, les groupes citoyens maintiennent la pression sur le gouvernement Ghiz, car celui-ci serait tenté, selon certains de ses critiques, d’imiter M. Alward et de miser sur le gaz de schiste pour renflouer les coffres de la province insulaire. Les habitants ne sont pas convaincus.

Les électeurs du Nouveau-Brunswick non plus ne sont pas convaincus. Après que le sondage de Corporate Research (CRA) confirme que les dix premiers jours de la campagne n’avaient pas changé le jugement que posent les électeurs sur son bilan, M. Alward avait besoin de l’annonce de la Nouvelle-Écosse comme d’un coup d’égoïne sur le nez.

Et puis, après avoir remis en doute la validité des résultats du sondage de CRA, la firme affirme que M. Alward a reçu une lettre d’avocat lui demandant de s’excuser pour ses propos jugés diffamatoires. Pourquoi diffamatoires? Parce que les propos du chef conservateur s’attaquent à la réputation de la firme. M. Alward s’excusera-t-il? S’il le fait, c’est que les conseillers juridiques de son parti auront estimé que la firme de sondage de Halifax détient de bons fondements pour déposer en cour un avis de poursuite. Affaire à suivre.

De son côté, moment très embarrassant pour le chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, quand il apprend que son candidat dans Carleton-Victoria, Andrew Harvey, fait face avec son père et son frère à des accusations de fraude et de production de faux documents. Si on connaît les chefs d’accusation contre M. Harvey, on en ignore les détails. Trop tard pour remplacer le candidat dans la mire de la justice: la date d’échéance pour déposer les candidatures était mardi. M. Gallant a indiqué mercredi que M. Harvey ne ferait pas partie du caucus libéral, mais le mal est déjà fait, le comté est à oublier pour les libéraux. Comté à suivre.

En anglais, une expression populaire veut que les bons gars, les gentils hommes finissent derniers. Il semble bien que M. Alward ait décidé de ne plus être gentil, lui qu’on qualifie souvent, en termes élogieux, de bon gars. Sa campagne du oui n’ayant pas enregistré les résultats voulus, il est passé en mode offensif, très offensif. Est-ce que cette nouvelle attitude produira des résultats?

Il serait étonnant que les quelques bribes des propos plus agressifs de M. Alward, cités par la presse à l’endroit du chef libéral, Brian Gallant, aient une forte influence sur l’opinion publique. Pour le moment. Mais on peut anticiper que l’agressivité teintera fort probablement les propos de M. Alward durant les débats télévisés. La façon dont le chef libéral encaissera les propos et répliquera au chef progressiste-conservateur aura un impact déterminant sur l’opinion publique pour le reste de la campagne.