Le développement en temps difficiles

Sur la route de la campagne électorale, les chefs des partis politiques annoncent chaque jour des initiatives que leur parti compte mettre en œuvre si les citoyens leur confèrent «l’honneur de former le prochain gouvernement du Nouveau-Brunswick». La situation budgétaire difficile de la province inhibe les politiciens dans leur générosité envers le peuple, certains plus que d’autres.

À peu près tout le monde reconnaît que la situation budgétaire du Nouveau-Brunswick commande un redressement important. C’est ce qu’avait promis et ce qu’a tenté de réaliser le gouvernement Alward depuis 2010. Mais tous les chefs politiques n’ont pas la même vision du développement de la province dans un tel contexte.

On connaît déjà celle de David Alward et de son équipe. Essentiellement, le gouvernement Alward a visé à réduire la taille de l’appareil gouvernemental et ses programmes livrés pour limiter ses dépenses. Chiffres à l’appui, il démontre que son approche fonctionne: les dépenses gouvernementales ont été réduites. Mais l’objectif de l’exercice est de réduire le déficit et, par conséquent, la dette publique. Cet objectif n’a pas été atteint. Depuis quatre ans, les déficits ont continué à marquer les budgets provinciaux et la dette publique a continué d’augmenter. Si le gouvernement Alward a réussi à tailler plus minces les dépenses, il n’est pas arrivé à faire croître l’économie et l’emploi. Il dit que ça s’en vient, grâce aux investissements du secteur privé dans les ressources naturelles, le bois et le gaz de schiste. C’est ce que lui reprochent les citoyens du Nouveau-Brunswick: ça s’en vient peut-être, mais ce n’est pas venu. Si les citoyens manifestent tant d’insatisfaction à l’endroit du gouvernement sortant, c’est que la situation économique de la province s’est détériorée plutôt que de s’améliorer. L’émigration continue, plusieurs de ceux qui restent en arrachent.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Dominic Cardy, croit aussi qu’il est impératif de redresser la situation budgétaire du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Mais il s’y prendrait autrement. Il veut réduire le nombre de ministères, éliminer les subventions aux entreprises, mais, comme ça s’est fait aux États-Unis, donner des crédits d’impôt aux entreprises qui ont créé des emplois au cours de l’année. Il affirme aussi vouloir donner «aux collectivités rurales, villages et villes du Nouveau-Brunswick les outils et la liberté nécessaires pour développer leur économie». Essentiellement, la philosophie de développement avancée par le NPD est un investissement dans les communautés et les gens de la province, plutôt qu’auprès de grands entrepreneurs venus d’ailleurs.

Le chef libéral, Brian Gallant, croit aussi qu’il faut redresser les finances de la province, mais en procédant autrement que le gouvernement sortant. Il propose une approche stratégique de compressions des dépenses tout en créant un cadre propice au développement économique susceptible de relancer l’économie et d’engendrer des revenus pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Son approche a été vivement contestée, et on peut être assurés que lors du débat télévisé, David Alward et Dominic Cardy vont tous les deux attaquer le plan avec vigueur.

Le chef du Parti vert, David Coon, pose un constat clair sur la situation des régions rurales du Nouveau-Brunswick, en particulier celles du Nord. M. Coon rappelle que nous avons assisté au cours de la dernière décennie à une désindustrialisation systématique de l’économie des régions du Nord: les moulins à papier ont fermé à Dalhousie, à Bathurst, à Miramichi, puis la mine Brunswick, sans que les gouvernements successifs réagissent et viennent à l’aide de façon efficace aux régions délaissées par le secteur industriel qui constituait la pierre angulaire de l’économie de ces régions et de la province. Il propose de travailler plus étroitement avec les gens des régions touchées et, comme le NPD, d’investir avec les gens qui ont des pistes de développement viables.

En fin de compte, on verra que les électeurs se tourneront vers les partis politiques qui manifestent une confiance authentique aux citoyens du Nouveau-Brunswick, confiance qui se concrétise par des initiatives qui les impliquent.