La séduction difficile

Il n’est pas facile de plaire aux électeurs dans le contexte socioéconomique actuel au Nouveau-Brunswick. Comme on a pu le lire dans notre édition d’hier, le PDG de la firme Corporate Research Associates, Don Mills, a fait remarquer à La Presse Canadienne que depuis la crise économique de 2008, dont on ressent encore les effets, les gens ne sont pas encore sortis de l’anxiété chronique causée par l’impact de cette crise sur l’emploi et l’économie du Nouveau-Brunswick.

S’il est difficile de plaire aux électeurs et de faire passer son message, la classe politique doit en assumer une partie du blâme: promettre la Lune en élection pour saisir le pouvoir et par la suite ne s’occuper qu’à expliquer pourquoi on ne peut pas s’y rendre, ce n’est pas le meilleur moyen de bâtir la confiance des citoyens à l’endroit des dirigeants politiques.

D’un autre côté, comme citoyens les exigences que nous posons aux politiciens sont-elles raisonnables? Pas vraiment, s’il faut en juger par les résultats du sondage réalisé par Corporate Research Associates pour CBC/Radio-Canada.

La très grande majorité des citoyens du Nouveau-Brunswick sont inquiets de la situation financière de la province: déficits annuels importants et augmentation de la dette publique. Le sondage confirme, comme les autres, que la grande priorité des citoyens du Nouveau-Brunswick, c’est l’emploi. La santé et l’éducation demeurent une préoccupation importante, mais en ce moment l’emploi et la capacité de l’économie de la province d’en créer sont l’élément crucial des programmes des partis politiques que les citoyens tentent de jauger.

À ce chapitre, les électeurs ont un choix parce que les partis proposent une approche différente pour tenter d’obtenir le résultat tant souhaité par les électeurs. D’ailleurs en ce qui a trait à la source potentielle d’emplois probablement la plus controversée, le gaz de schiste, les citoyens du Nouveau-Brunswick demeurent d’opinions divergentes: la moitié des citoyens pensent qu’on devrait l’encourager, l’autre moitié se constitue d’opposants au développement de l’industrie. Il n’y a qu’un seul parti, celui de M. Alward, qui favorise le développement du gaz de schiste, en accord avec 49 % des citoyens qui souhaiteraient son développement. Il faut préciser, cependant, que seulement 18 % des citoyens sont absolument certains qu’il faut développer cette industrie. Trois partis ont une approche mitigée (libéraux) à son développement ou s’y opposent (Parti vert et néo-démocrates), comme 44 % des citoyens. Sur ce dossier, le chef conservateur a donc plus de monde dans son camp, en ce qui concerne le potentiel économique de l’industrie. Mais une majorité des citoyens se disent inquiets des conséquences environnementales de cette industrie. Leur cœur balance entre la prospérité et la salubrité de la province. Quatre-vingt-un pour cent des citoyens croient à la nécessité d’une réglementation pour minimiser l’impact environnemental de cette industrie, alors que les deux tiers sont convaincus que l’exploitation du gaz de schiste nuira à l’environnement, à un niveau ou un autre.

Les contribuables du Nouveau-Brunswick s’inquiètent de la santé des finances de la province. C’est la deuxième préoccupation en importance. Mais ce n’est que cela, une préoccupation. La majorité (63 %) des contribuables de la province ne veulent pas que les taxes et les impôts augmentent ou que les services et les programmes gouvernementaux soient réduits (57 %). En d’autres mots, on s’inquiète que la dette augmente, mais peu sont prêts à payer plus d’impôt ou à recevoir moins de services pour la réduire ou pour atteindre un budget équilibré. Le remboursement de la dette constitue déjà une dépense annuelle de 685 millions. Elle est actuellement de 11 milliards et demi et elle atteindra 12 milliards en 2015. Donc, l’an prochain, il faudra augmenter le budget du service à la dette pour faire face à nos obligations.

Tout le monde convient, répétons-le, que la situation financière de la province est inquiétante. Cela dit, elle n’est pas catastrophique au point de devoir sacrifier toutes les ressources du gouvernement à son élimination. C’est une question d’approcher la solution avec aplomb, en échelonnant le service à la dette selon les moyens réalistes dont dispose la province, en attendant de stimuler suffisamment l’économie pour augmenter les revenus qui nous manquent pour équilibrer le budget.