L’alliance silencieuse de l’insatisfaction

Il y a un an, la Coalition Pensions NB entreprenait une tournée provinciale pour informer les fonctionnaires provinciaux de la réforme entreprise par le gouvernement à leur régime de pension. La tournée visait aussi à discuter avec les fonctionnaires à la retraite et tous les autres préoccupés par le dossier. Le sentiment qui prévalait lors des réunions: la révolte. Quand le gouvernement Alward a maintenu le cap, la Coalition avait promis qu’il allait en payer le prix aux urnes.

Or, depuis le début de la campagne, la réforme du régime de pension des employés de la fonction publique du Nouveau-Brunswick n’a pas été soulevée, discutée, débattue ou mentionnée, en dehors de ce que comportent les programmes électoraux des partis. Que disent les programmes des partis sur la question?

Le programme des progressistes-conservateurs présente la réforme des régimes de pension comme l’un des redressements qu’il a effectués pour assurer une fondation plus solide pour l’avenir de la province. La réforme s’inscrit comme l’une des initiatives prises par le gouvernement Alward pour l’administration responsable des finances publiques à long terme.

Chez les libéraux, on réitère la position annoncée l’hiver dernier. Si leur parti forme le gouvernement, tous les intervenants touchés par la réforme seront invités à une table de négociations dont le mandat sera d’arriver à la conclusion d’une entente «tout en respectant les défis financiers auxquels fait face la province». Pas de retour à l’ancien régime, donc.

Les néo-démocrates promettent que, s’ils formaient le gouvernement, l’entente sur la réforme du régime de pension serait annulée dans les trois premiers mois de leur mandat. S’il gardait le régime qui touche les gens déjà à la retraite, «parce qu’un contrat, c’est un contrat», le NPD n’écarte pas la réforme du régime de pension des employés publics. La réforme serait toutefois élaborée en consultation avec les employés et ne toucherait que l’avenir du régime, les acquis des retraités ne seraient pas touchés.

Depuis un an, il n’y a pas qu’au Nouveau-Brunswick où la question des régimes de pension a été évoquée par les gouvernements comme un dossier prioritaire auquel ils doivent s’attaquer. La question est sur la table en Alberta, en Ontario et on sait que le projet de loi 3 du gouvernement Couillard mobilise l’attention et les discussions de tous les grands syndicats du Québec.

Est-ce que les discussions et les débats des autres juridictions provinciales ont atténué le ressentiment des fonctionnaires à la retraite du Nouveau-Brunswick par rapport à leur sort après la réforme? Ce serait étonnant. L’inquiétude était palpable l’an dernier, et le sentiment d’avoir été la cible d’injustice demeure. Il n’y a qu’à consulter le site web de la coalition pour s’en rendre compte.

Les enseignants sont eux aussi passés par la réforme de leur régime de pension. Voyant la façon cavalière avec laquelle le dossier des fonctionnaires avait été traité, l’Association a pris les devants et a plus ou moins forcé le gouvernement à s’asseoir à la table de négociations. Ils en sont arrivés à une entente, mais ce n’est pas nécessairement de gaieté de cœur.

Il est peu probable que tant les fonctionnaires à la retraite que les enseignants aient pardonné au gouvernement sortant ses décisions et ses réformes qui les touchent. Il semble bien que ces deux groupes aient décidé de rester silencieux. Après tout, les sondages démontrent qu’ils ne sont pas les seuls à être insatisfaits. Alors, dépenser des ressources pour mobiliser l’opinion publique ne serait pas une dépense judicieuse. Parions, cependant, qu’il y aura une mobilisation pour s’assurer que les membres votent pour un changement.