Le référendum des hypothèses

Les observateurs politiques ont souvent affirmé ces dernières années que les citoyens du Nouveau-Brunswick n’élisent pas leur gouvernement, ils le défont. Ils entendent par cela que nous ne considérons pas nécessairement ce que nous offrent les partis politiques dans leur programme électoral quand vient le temps de voter, mais que nous votons avec une seule idée: renvoyer le gouvernement qui n’a pas été à la hauteur de nos attentes.

En 2010, quand les progressistes-conservateurs de David Alward ont pris le pouvoir, il est clair que le projet de vente d’Énergie NB à Hydro-Québec était au cœur des motifs électoraux des contribuables. D’une certaine façon, on pourrait dire que l’élection est devenue une espèce de référendum sur l’autonomie de production électrique au Nouveau-Brunswick. Ajoutons à cela le dossier d’Atcon, dans lequel les électeurs savaient bien que les relations privilégiées du propriétaire avec la famille Graham avaient beaucoup joué dans l’attribution d’une cinquantaine de millions pour tenter de renflouer l’entreprise, et la perspective d’une réélection du gouvernement Graham tenait de la fiction.

À chaque élection, il y a toujours un thème dominant, selon le contexte socioéconomique dans lequel elle a été déclenchée. Mais il est rare qu’un seul de ces thèmes domine la motivation des électeurs, comme le projet de vente d’Énergie NB l’a fait en 2010.

Comme vous avez pu le lire dans nos pages hier, David Alward et Brian Gallant se sont renvoyé la balle sur un thème récurrent de la campagne, l’énergie. Bien sûr, les deux chefs s’avancent sur le dossier de l’énergie chaque fois qu’ils font campagne à Saint-Jean. Si on peut s’interroger sur l’importance des retombées de cet oléoduc pour l’ensemble du Nouveau-Brunswick, il est très clair que pour la ville de Saint-Jean, ce sera important, très important, tout comme le terminal pour le gaz naturel et quelques autres projets liés au secteur pétrolier. Les deux chefs appuient essentiellement les mêmes projets liés à l’énergie, sauf en ce qui touche la fracturation hydraulique.

La question controversée de la fracturation hydraulique revient plusieurs fois par semaine depuis le début de la campagne électorale.

David Alward se fait critiquer pour croire qu’elle peut se faire sans danger, alors que Brian Gallant s’attire des critiques sur la nature du moratoire qu’il entend mettre en place. Les positions de Dominic Cardy et de David Coon sont très claires: pas de fracturation hydraulique.

L’affrontement entre Alward et Gallant sur ce sujet est tellement fréquent que dans les échanges on en est à débattre des techniques de fracturation. Est-ce que le grand public s’intéresse à ces nuances? En ce moment précis, on peut se permettre d’en douter. Ce serait peut-être différent si l’information sur la fracturation était exposée par un expert, préférablement un universitaire sans lien d’intérêt avec les exploitants.

Tous ces échanges sur la fracturation donnent une légitimité à la question posée à M. Alward: les élections de 2014 constituent-elles un référendum sur le gaz de schiste? Dans certaines régions, comme le comté de Kent, le sujet domine les préoccupations. Dans les comtés du Nord, pas du tout.

En ce sens-là, M. Alward a raison: si c’est une élection-référendum, elle porte davantage sur l’emploi et l’économie que sur le gaz de schiste. Les emplois et l’économie préoccupent toutes les régions de la province.

Si M. Alward a raison, que le référendum porte sur l’emploi et l’économie, ce ne serait pas nécessairement à son avantage. Les statistiques des dernières années portant sur la création d’emplois et la croissance économique ne sont pas flatteuses pour son administration. Et quand M. Gallant s’engage à créer cinq mille emplois la première année de son mandat et cinq mille autres pour le reste de son premier mandat, a-t-il l’écoute des citoyens? Peut-être, mais la création de cinq mille emplois d’ici un an reste une hypothèse au même titre, d’ailleurs, que les dix milliards de dollars «d’investissements imminents du secteur privé» avancés dans le programme des progressistes-conservateurs.

Les électeurs du Nouveau-Brunswick sont en quelque sorte pris pour faire un acte de foi, soit de croire aux dix milliards de dollars d’investissements imminents avancés par un chef ou aux dix mille emplois que croit pouvoir créer un autre chef.