Entre le parti et le pays

Les députés sont rentrés à Ottawa hier pour entreprendre la dernière session parlementaire avant les élections de l’an prochain. Les débats de nos parlementaires auront une priorité commune à tous les partis: se positionner pour gagner la faveur de l’électorat.

Pour le leader parlementaire du gouvernement, Peter Van Loan, le premier projet de loi que soumettra le gouvernement vise la réduction des «procédures et de la paperasse bureaucratique». C’est une initiative promise depuis 2006 qui n’avait pas encore pris forme. Le projet de loi nous indiquera comment le gouvernement compte s’y prendre pour la réaliser. Chose certaine, elle s’inscrit dans la philosophie privilégiée par le premier ministre et son parti: réduire le rôle du gouvernement dans la vie quotidienne des citoyens.

D’autres projets de loi portent sur l’aviation civile et la marine, la protection des droits d’auteur contre la contrefaçon, l’augmentation des amendes à imposer aux exploitants de puits de pétrole en haute mer en cas de déversements. Le gouvernement compte aussi tenter de faire baisser les prix des services de communication sans fil et des services de télévision.

L’un des premiers projets de loi à débattre avant son adoption portera sur la prostitution, le projet de loi C-36. Une nouvelle loi était nécessaire après un jugement de la Cour suprême rendu à la suite de longues démarches par les travailleuses du sexe. Les partis d’opposition et les travailleuses voudraient voir beaucoup de changements avant que la loi ne soit adoptée, mais il semble bien que le gouvernement restera sur ses positions et profitera de sa majorité pour mettre en vigueur sa loi qui, finalement, n’offre pas de protection aux prostituées.

Sur le plan de sa politique budgétaire, on sait déjà que la priorité du gouvernement Harper vise l’atteinte non seulement de l’équilibre budgétaire, mais d’un surplus dont le gouvernement se servirait pour annoncer des crédits et des baisses d’impôt et quelques autres petits bonbons électoraux. Cette «générosité» en matière fiscale, avec en complément des baisses possibles de tarifs des services de télévision et de communications au pays, vise à reconquérir l’électorat.

Depuis un an, les troupes conservatrices ont perdu beaucoup de terrain dans les intentions de vote des Canadiens de l’Ontario, du Québec et de l’Atlantique. Bien que l’écart soit moins important (deux points), le Parti conservateur du Canada a aussi perdu l’avance qu’il détenait en Colombie-Britannique. À l’échelle du pays, les libéraux devancent les conservateurs par sept points alors que les néo-démocrates sont à vingt points derrière les meneurs.

Les trois chefs des principaux partis fédéraux ont tous les trois de bonnes raisons de parcourir le pays au cours de la prochaine année. Justin Trudeau voudra maintenir son avance dans les intentions de vote des Canadiens; il continuera de sillonner le pays à la rencontre des électeurs. Stephen Harper déploiera tout l’arsenal de son poste pour tenter de convaincre l’électorat qu’il est le seul des trois chefs de parti capables de gérer le pays. Thomas Mulcair, dont d’excellentes performances à la Chambre des communes n’ont pas réussi à convaincre les électeurs de sa capacité de devenir premier ministre, sera lui aussi plus souvent absent du Parlement pour rencontrer les électeurs face à face dans toutes les régions du pays.

Dans cette lutte pour conquérir le pouvoir, si on parle des partis d’opposition, ou pour y rester accroché, si on parle du Parti conservateur, des enjeux souvent cruciaux pour l’avenir de plusieurs régions du pays risquent de passer inaperçus. Au cours des prochains mois, on entendra encore beaucoup parler de Mike Duffy et de ses relations avec le bureau du premier ministre, de l’inexpérience de Justin Trudeau ou des positions trop progressistes de Thomas Mulcair. Les partis se lanceront des flèches en espérant déstabiliser leurs adversaires et affaiblir leur position auprès de l’opinion publique. Il ne s’agit pas de débats très constructifs pour notre avenir collectif. Une fois le pouvoir conquis, nous risquons d’être confrontés à des décisions qui ne correspondent pas à nos aspirations. Il faudra aiguiller les débats politiques sur les enjeux de notre région, plutôt que de laisser toute la place aux provinces les plus populeuses et les plus prospères.