Le corset des enjeux linguistiques

Les citoyens du Nouveau-Brunswick n’ont pas tous la même vision du dossier linguistique de la seule province bilingue du Canada.

Pour certains, heureusement en minorité, le bilinguisme est un gaspillage d’argent que la province ne peut se permettre étant donné sa situation budgétaire difficile. Pour d’autres, formant probablement la majorité des citoyens de la province, le bilinguisme est un avantage dont la population tire profit non seulement sur le plan culturel et social, mais aussi sur le plan économique, comme l’ont démontré quelques études. Chez les citoyens qui suivent de plus près le dossier du bilinguisme au Nouveau-Brunswick, il reste encore des aménagements importants à compléter à la Loi sur les langues officielles pour en arriver à une égalité des deux communautés linguistiques.

Si tant d’efforts ont été déployés pour faire inscrire l’égalité des communautés linguistiques du Nouveau-Brunswick dans la Charte canadienne des droits et libertés, c’est précisément pour se protéger de changements que voudrait apporter une majorité qui deviendrait soudainement intolérante aux droits des francophones de la province, entre autres pour des raisons de «gestion responsable des fonds publics». Un parti politique qui chercherait à débâtir la Loi sur les langues officielles verrait son projet contrecarré par les dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés.

Comme on a pu le lire dans les entrevues avec les chefs des trois principaux partis de la province, mis à part l’Alliance des gens du N.-B., la classe politique est consciente que les dispositions constitutionnelles et législatives les obligent à défendre et à promouvoir le bilinguisme et l’égalité des deux communautés linguistiques.

M. Alward a rappelé que c’est une obligation constitutionnelle, tout comme le chef libéral, Brian Gallant, qui ajoute que le gouvernement doit jouer un rôle qui combattra l’assimilation. Dominic Cardy est le seul chef à avoir ramené le débat sur les investissements nécessaires à l’école francophone, un investissement dont il reconnaît la nécessité.

Quand des intervenants rappellent que les politiciens du Nouveau-Brunswick sont frileux face aux enjeux linguistiques, on a qu’à prendre le dossier de l’école francophone, justement. Aucun parti politique n’a inséré dans son programme un engagement qui touche le financement de l’école francophone, y compris le Nouveau Parti démocratique. Toujours en consultant les programmes électoraux, aucun des partis ne prend la peine de mentionner la dualité et ce qu’il en adviendra si le parti est appelé à former le gouvernement. L’absence du mot «dualité» dans les programmes électoraux des partis politiques de la province en dit long sur l’appréhension des partis à aborder la question, à reconnaître que c’est non seulement un enjeu, mais une réalité à parfaire.

L’autre enjeu absent des programmes des partis politiques touche la langue de travail de la fonction publique du Nouveau-Brunswick. Aucun des partis ne s’engage à faire respecter le droit des fonctionnaires de travailler dans la langue de leur choix.

L’obligation d’offrir la certification dans les deux langues officielles par les regroupements professionnels de la province qui régissent les pratiques de leurs membres n’est pas mentionnée non plus dans les programmes des partis.

Tout ceci constitue une indication claire que les intervenants qui défendent les droits linguistiques devront exercer une pression continue sur le gouvernement du Nouveau-Brunswick, quel que soit le parti que les électeurs auront choisi de porter au pouvoir. Bien que le bilinguisme fasse partie de notre paysage depuis quarante-cinq ans, il semble clair que si les partis n’étaient pas suivis par les groupes de pression pour que le dossier continue d’évoluer, la classe politique se contenterait du statu quo, ignorant le chemin à parcourir pour ne parler que du chemin parcouru.