Les marchands de rêve

C’est tout à fait notre tendance, les humains, d’aspirer à un meilleur sort. C’est normal, nos aspirations sont en quelque sorte le moteur de notre évolution. Toutefois, en période électorale, nous aurions avantage à aiguiser notre jugement de manière à tempérer notre enthousiasme quand un chef politique nous promet de rencontrer nos aspirations.

Pour avoir sillonné la province dans tous les sens, les chefs de partis politiques connaissent bien les aspirations de leurs concitoyens; ils préparent habituellement leur campagne électorale en tissant un programme qui répond aux aspirations exprimées par le plus grand nombre possible de citoyens. Ils ne nous promettent pas la lune parce qu’il y a une limite à notre crédulité. Mais ils nous laissent entendre que si l’homme a pu se rendre sur la Lune, ils peuvent réaliser les projets qu’ils nous promettent: de plus belles routes, beaucoup plus d’emplois, de meilleures écoles, de meilleurs hôpitaux, plus de services et moins d’impôts sont habituellement les thèmes abordés dans les campagnes traditionnelles.

La campagne électorale de 2014 au Nouveau-Brunswick comporte toutefois un irritant majeur à l’opportunité de vendre du rêve aux contribuables. Tous les partis sont confrontés à la situation budgétaire, financière et économique de la province. La fermeture depuis 2007 d’entreprises forestières importantes et de mines, dont la plus importante, la mine Brunswick, a fait péricliter le nombre d’emplois industriels bien rémunérés dans la province. Dans le Nord en particulier, le déclin démographique pose des défis sur plusieurs plans y compris de maintenir le niveau de services en santé et en éducation. Pour l’ensemble de la province, les revenus du gouvernement du Nouveau-Brunswick ont chuté de façon importante. La chute des revenus est due en partie à l’affaissement de grands secteurs industriels comme ceux que nous venons de mentionner, mais aussi aux compressions des dépenses du gouvernement qui voulait atteindre l’équilibre budgétaire dès son premier mandat.

Les sondages ne pleuvent pas depuis le début de la campagne électorale. À notre connaissance, il y en a eu trois: le sondage de Corporate Research Associates au début septembre, et deux sondages de la firme Forum Research, l’un le 2 septembre et l’autre le 11 septembre. Les sondages du début du mois décrivaient essentiellement la même situation: une avance importante (une quinzaine de points en moyenne) des libéraux de Brian Gallant sur les progressistes-conservateurs de David Alward. Le deuxième sondage de Forum Research montre que la lutte s’est quelque peu resserrée depuis le début de la campagne, l’écart entre les libéraux et les progressistes-conservateurs étant réduit maintenant à dix points.

Les chefs des deux principaux partis ont vu leur cote de popularité diminuer, en particulier le chef libéral, Brian Gallant. Le chef néo-démocrate, Dominic Cardy, a vu, au contraire, sa cote personnelle augmenter entre les deux sondages de Forum Research. La popularité de David Alward reste stable, mais ce n’est pas une bonne nouvelle pour le chef progressiste-conservateur, parce que sur ce plan il est troisième. Les partis de Gallant et Alward sont plus populaires que leur chef, alors que pour Cardy sa popularité personnelle ne semble pas vouloir se traduire en votes pour son parti, car les intentions de vote des électeurs du Nouveau-Brunswick pour le NPD ont diminué de deux points en deux semaines.

En cette dernière fin de semaine avant le scrutin, les indécis vont se pencher sur les rêves que colportent les partis pour décider lequel est le plus apte à se réaliser. Est-ce la création de 10 000 emplois, les investissements privés imminents de
10 milliards $ ou l’atteinte de l’équilibre budgétaire en deux ou trois ans tout en améliorant le filet social?

Comme l’écrivait hier dans nos pages Richard Saillant, aucun des chefs n’a fait preuve de vision réaliste et inspirante quant à l’avenir du Nouveau-Brunswick. La campagne n’en est plus une d’idées. C’est dorénavant une campagne tactique où chaque circonscription est une tranchée à conquérir. Les résultats seront beaucoup plus serrés que les sondages ne le laissent voir.