Voter, c’est important

Nous voici donc en fin de campagne électorale. Le sondage de Corporate Research Associates dévoilé hier illustre certains changements dans l’attitude des électeurs. Au train où l’humeur des électeurs du Nouveau-Brunswick évolue, David Alward aurait peut-être souhaité que la campagne dure une ou deux semaines de plus: en un mois, son parti s’est rapproché à neuf points de celui de son principal rival, Brian Gallant. Ce sera sans doute trop peu, trop tard: rattraper en une fin de semaine neuf points alors qu’il a fallu un mois de campagne intense pour en gagner sept, c’est mettre la barre haute, trop haute. Nul doute que les machines électorales, la bleue comme la rouge, seront gonflées à bloc durant la fin de semaine. Le mot d’ordre, évidemment: sortir le vote.

Comme citoyens, toutefois, nous ne devrions pas attendre que les bénévoles des partis politiques nous appellent pour nous prévaloir de notre droit de vote.
Bien sûr, notre démocratie reste encore imparfaite. Ce ne sont pas tous les politiciens qui, une fois élus, travaillent comme ils l’ont promis à leurs commettants. En campagne électorale, les politiciens assurent les citoyens qu’ils se présentent en politique pour représenter leurs intérêts, pour faire évoluer la province en un endroit où ce sera encore meilleur d’y vivre. Si après les élections certains députés gardent en priorité la défense des intérêts des gens qui les ont élus, plusieurs se rangent à la ligne du parti, surtout quand celui-ci est au pouvoir.  Les intérêts du parti et ceux des citoyens ne sont pas toujours compatibles, bien qu’en principe ils devraient l’être. Quoi qu’il en soit, nous nous devons, comme citoyens, d’exercer notre droit de vote en utilisant notre jugement sur l’intégrité des candidats qui se présentent, sur la vision de notre société qu’ils exposent, sur les valeurs dont ils font la promotion et qu’ils sont voués à défendre.

Comme le taux de participation aux élections toujours fléchissant nous l’indique, plusieurs citoyens, en particulier les plus jeunes âgés de 18 à 35 ans, sont désillusionnés par la politique. L’aide aux entreprises souvent teintée par la couleur politique ou la valeur des contributions au parti au pouvoir, la proximité parfois gênante de l’action politique et des intérêts financiers des grandes entreprises ne sont que deux des éléments qui alimentent le cynisme face au fonctionnement de notre démocratie. Si ce sont de bonnes raisons d’être tentés par le cynisme, s’abstenir de voter ne résout pas le problème, il le perpétue.

S’agissant des jeunes électeurs, ils représentent une clientèle susceptible d’appuyer le «nouveau NPD» du Nouveau-Brunswick. S’il y a un résultat qui interpelle dans le sondage de CRA c’est bien la perte en un mois de 7 % des intentions de vote accusée par le NPD. Les résultats contredisent les affirmations du chef, Dominic Cardy, qui croyait que les électeurs retenaient le NPD comme une alternative aux gouvernements formés par les vieux partis. Est-ce que ce sont ses politiques qui ont détourné du NPD les électeurs ou ses tactiques et ses stratégies de communication? Il faudra que le parti trouve les réponses à ces questions d’ici les élections de 2018…

On ne peut améliorer notre système démocratique en nous retirant dans le coin et en boudant les élections, qui sont le mécanisme essentiel à une démocratie saine. Nous avons la chance de bénéficier d’un système démocratique où le résultat des élections est le reflet de la volonté des citoyens qui se sont prévalus de leur droit de vote. Quand on dit que les absents ont toujours tort, c’est d’autant plus vrai quand il s’agit de choisir les gens à qui nous confions les affaires de notre gouvernement.