Cap sur les emplois

Ce n’est pas toujours avantageux d’entrer en campagne électorale avec une avance très importante comme celle que détenait Brian Gallant dans les intentions de vote des citoyens du Nouveau-Brunswick.

Les sondages s’accordaient sur la place peu enviable qu’occupait le parti de M. Alward, alors loin, très loin derrière les libéraux de Brian Gallant. Mais ce ne sont pas les sondages qui dictent aux électeurs le choix de leur vote, contrairement à ce que certains pensent. Les sondages ne sont que le reflet, parfois fidèle si la bonne méthodologie a été employée, de la décision des électeurs. Force est de constater, avec les résultats de l’élection, qu’entre le sondage de Corporate Research et celui de Forum Research, c’est la méthodologie suivie par Corporate Research qui était la plus fiable.

Jusqu’à vendredi dernier, rares sont les observateurs qui donnaient une chance aux troupes conservatrices d’élire suffisamment de candidats pour conserver le pouvoir. En ne tenant pas compte de la marge d’erreur, les conservateurs tiraient encore de l’arrière par neuf points, selon le sondage de Corporate Research. Mais dimanche, selon le sondage de Forum Research, les conservateurs avaient fermé l’écart et les deux partis se retrouvaient à égalité dans ce sondage, avec une projection de sièges en faveur des bleus, plus populaires dans les grandes agglomérations urbaines de la province.

On ne peut toutefois parler d’une grande campagne électorale sur le plan des idées. À ce chapitre, le Parti vert et le Nouveau Parti démocratique ont proposé une approche à la gestion des affaires publiques du Nouveau-Brunswick beaucoup plus intéressante et plus optimiste que les bleus ou les rouges. Il semble bien, cependant, que l’électorat soit frileux à de nouvelles approches, ou du moins sceptique: la part du vote consenti aux nouveaux partis est encore une fois marginale, ni l’un ni l’autre ne siégera à l’Assemblée législative à Fredericton.

Si M. Gallant avait déjà commencé à penser à la formation de son cabinet en début de campagne, il a dû certainement mettre de côté ses notes à ce sujet pour se concentrer sur son message électoral pour ne pas perdre l’élection dans les dernières heures. Entre le début de la campagne et la fin de la campagne, le taux net d’approbation du chef libéral s’est empiré. Pas de façon dramatique, mais assez pour suggérer que de plus en plus d’électeurs du Nouveau-Brunswick s’interrogeaient sur le programme du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, mais aussi sur la capacité du chef de gouverner la province en des temps si difficiles.

L’augmentation du taux d’indécis la dernière fin de semaine de la campagne indique que les citoyens de la province, enfin ceux qui ont voté sans être membres de l’un ou l’autre des partis, ont hésité jusqu’à la fin. Entre les emplois qui seraient engendrés par le développement de l’industrie gazière et la nouvelle politique de gestion des forêts, comme le suggérait le programme des conservateurs, ou les emplois créés par une mise à niveau vigoureuse des infrastructures proposée par les libéraux, les citoyens semblent avoir soupesé la valeur de l’une ou l’autre des propositions.

Au moment de mettre sous presse, le vote populaire attribué à chaque parti était assez près de ce que prévoyait le dernier sondage de Corporate Research, publié vendredi avant le dernier sprint. Les prévisions de Forum Research comme quoi le Parti conservateur avait refermé l’écart ne se sont pas matérialisées dans les résultats.

La création d’emplois a toujours été une préoccupation importante chez l’électorat, mais elle aura été capitale dans cette élection. Si M. Alward avait obtenu le moindrement de succès à ce chapitre, il aurait été réélu. La mission incombe maintenant au premier ministre élu, Brian Gallant, une mission qu’il ne doit pas rater s’il veut se maintenir au pouvoir pendant plus d’un mandat.