Une veillée trop longue et embarrassante

Le cafouillage d’Élections N.-B. s’apparente à un vernissage d’une exposition de peintures où ce n’est pas le travail de l’artiste qui alimente la conversation, mais le choix de ses pinceaux. C’est clair, les électeurs du Nouveau-Brunswick ne feront plus confiance aux tabulateurs électroniques après l’expérience de lundi soir.

Comme l’ont noté quelques observateurs, Élections N.-B. a privé les électeurs du Nouveau-Brunswick d’une tradition bien établie: le message des chefs, dont celui du premier ministre sortant et celui du premier ministre élu. Nous aurions dû entendre ces discours vers
21 h 30 ou 22 h, parce que le décompte devait être fait beaucoup plus rapidement avec les tabulateurs électroniques. Mais beaucoup de gens étaient couchés quand David Coon, le chef du Parti vert, et Brian Gallant, le premier ministre élu, se sont adressés à la population par la télévision.

Cela dit, on peut s’attendre à ce que le recomptage manuel, qui aura probablement lieu, donne sensiblement les mêmes résultats que ceux rendus publics par Élections N.-B. au petit matin. Même si le recomptage manuel valide en tous points les résultats électroniques du vote, une bonne partie de l’électorat a déjà perdu confiance à l’intégrité du système monté par Élections N.-B. C’est dommage, parce que le problème était relativement mineur. Ce qui a été majeur, c’est la pauvre gestion du problème technique.

S’agissant de chefs de parti, David Coon a accompli toute une marque, devenant le premier candidat du Parti vert à être élu dans l’histoire de la province. Battre le ministre de l’Énergie, Craig Leonard, qui a défendu avec tant d’ardeur l’installation de l’industrie du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick, imaginez un instant la satisfaction de M. Coon, lui qui a fait de l’environnement la bataille de sa vie. Sa présence à l’Assemblée législative relèvera le niveau des discussions et forcera le gouvernement à prendre plus de responsabilités sur le plan environnemental.

Bien que les échos fussent de plus en plus persistants voulant que le vice-premier ministre, Paul Robichaud, était en difficulté, peu d’observateurs croyaient que Wilfred Roussel arriverait à le battre. La nouvelle politique de gestion des forêts publiques, l’entente entre le gouvernement Alward et JD Irving (JDI), de même que l’échange des terres avec Oxford Frozen Foods n’ont certainement pas aidé. Cela dit, M. Robichaud est en politique pratiquement depuis son adolescence. C’est un milieu exigeant, très exigeant. Paul Robichaud mérite un repos.

Le départ de M. Alward surprend ou déçoit certains de ses partisans. Et pour cause. Alors que tout le monde le donnait comme battu, balayé dans cette élection, il a trimé fort jusqu’à la fin, refermant une grande partie de l’écart qui séparait ses troupes de celles du premier ministre élu. Sa grande émotivité à l’annonce de sa démission, hier en conférence de presse, est parfaitement compréhensible: il a tout donné ce qu’il pouvait, mais ce n’était pas suffisant, il a manqué de temps.

Le premier ministre élu, Brian Gallant, a une majorité relativement confortable, avec six sièges, mais son organisation ne peut être fière des résultats: au déclenchement des élections, il menait par une quinzaine de points dans les intentions de vote, il termine avec un vote populaire parmi les plus faibles de notre récente histoire politique.

Mais pendant que ses conseillers stratégiques feront leur examen de conscience, Brian Gallant a un défi plus urgent et plus important à relever: la formation de son cabinet. Il doit montrer à la population anglophone qu’il ne lui en veut pas de ne pas l’avoir appuyé, en maintenant un certain équilibre à la composition de son cabinet. Nous l’encourageons, cependant, à ne pas se gêner pour donner une présence accrue au cabinet aux régions rurales et acadiennes, qui l’ont porté au pouvoir en affichant un taux de participation élevée aux élections de lundi. Nous reviendrons sur les autres grands défis qui attendent le premier ministre élu.