Alward n’a pas séduit les francophones

Une quinzaine d’heures après le scrutin qui avait consacré sa défaite, c’est un David Alward ému et sans doute profondément ébranlé qui a pris la parole.

Le résultat de l’élection n’était pourtant pas si surprenant. La plupart des observateurs prévoyaient une victoire des libéraux. Il était évident que l’écart se resserrait à vue d’oeil, mais que si les progressistes-conservateurs avaient une faible chance de compléter leur remontée miraculeuse, ils allaient fort probablement manquer de temps. C’est ce qui est arrivé.

Pourtant, au moment de concéder la victoire et d’annoncer sa démission en tant que chef du Parti progressiste-conservateur, M. Alward et son épouse, Rhonda, ont peiné à retenir leurs larmes. On ne réalise pas toujours à quel point ces gens donnent tout ce qu’ils ont, dans le feu d’une campagne électorale, pour convaincre l’électorat de leur faire confiance. On oublie combien ils pensent jusqu’au dernier moment réaliser la surprise du jour, et combien la défaite leur fait mal. La photo des chefs est partout pendant une campagne, y compris sur la façade de leur autobus. Ils prennent la parole tous les jours. Ils croient en leur message et en leur stratégie jusqu’au bout.

Difficile dans ces circonstances de ne pas prendre personnel le rejet des électeurs. Parlez-en au néo-démocrate Dominic Cardy, dont le «nouveau NPD» n’a pu faire élire un seul candidat. M. Cardy a remis sa démission et songe à quitter le Nouveau-Brunswick.

Lors de sa conférence de presse, David Alward a expliqué que, selon lui, sa plateforme basée sur l’exploitation du gaz de schiste a causé sa perte. S’il est clair que son appui à l’industrie a nui à certains de ses candidats (Claude Williams a perdu dans Kent-Sud, le Parti vert a terminé deuxième dans Kent-Nord), ce serait trop réducteur que d’affirmer qu’il s’agit là de la principale cause de son échec.

Ça fait deux bonnes années – plus précisément depuis l’arrivée de Brian Gallant à la tête du Parti libéral – que les conservateurs traînent de la patte dans les sondages partout au Nouveau-Brunswick, principalement en raison de la situation économique. Or, ce n’est que quelques mois passés que le parti a effectué un grand virage et décidé de tout miser sur le gaz de schiste.

Cette stratégie a permis de sauver les meubles. Cette promesse d’emplois et de retombées économiques reliées à l’énergie a permis au parti de consolider ses appuis, particulièrement à Saint-Jean et dans la capitale provinciale.

En fait, c’est en Acadie (en incluant les circonscriptions à forte population francophone du Sud-Est) que David Alward a perdu toutes ses chances d’être réélu premier ministre du Nouveau-Brunswick. L’élection a été perdue en même temps que sont tombés les Paul Robichaud, Claude Williams, Marie-Claude Blais, Claude Landry, Yvon Bonenfant et compagnie. Seule Madeleine Dubé a échappé à l’hécatombe.

Cette situation rappelle qu’il n’y a pas eu une grande histoire d’amour entre les francophones et M. Alward. Le premier ministre sortant a dû faire face à son lot de controverses. Le gaz de schiste dans Kent, bien sûr, mais aussi les bleuets à Grand Tracadie-Sheila, la «révolte rurale» dans la région de Kedgwick, l’affaire Greg Davis à Campbellton, le manque de bilinguisme d’Ambulance NB, ses hésitations concernant la nouvelle Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, les fermetures d’écoles, sa timidité à combattre la réforme de l’assurance-emploi de Stephen Harper, etc.

Or, l’équipe de M. Alward n’a jamais été en mesure de trouver un thème porteur capable de rallier la population francophone, comme il a réussi à le faire dans le sud anglophone. Dans le Nord et l’Est en particulier, la question du gaz de schiste est au mieux accueillie avec indifférence, au pire de façon négative.

Le chef n’a de plus pas passé beaucoup de temps dans le Nord, si bien que la remontée des appuis conservateurs dans la province, en fin de campagne, ne s’est pas matérialisée en Acadie. C’est ainsi que le vice-premier ministre Paul Robichaud, que l’on croyait intouchable, a subi la défaite, et que Madeleine Dubé a presque connu le même sort. Les victoires libérales, au contraire, ont été décisives dans la région.

Le Parti progressiste-conservateur devra faire une grande introspection au cours des prochains mois. Il ne peut espérer retrouver le pouvoir sans trouver une manière de séduire à nouveau les francophones. Avec une seule députée capable de bien s’exprimer en français à bord, l’exercice s’annonce difficile.