Une question de rythme

Il n’y a pas que la polarisation linguistique qui marque la carte électorale du Nouveau-Brunswick après les résultats de l’élection de lundi. La philosophie de développement économique diffère selon les régions et la «culture» de l’électorat au Nouveau-Brunswick.

Durant la campagne électorale, le contraste entre les chefs des deux partis aspirant au pouvoir, les libéraux et les progressistes-conservateurs, ne se limitait pas à l’âge, à l’expérience ou à la couleur de leur bannière politique. C’est clair, les deux partis privilégient des approches très différentes au développement économique de la province et à la gestion des finances publiques.

On connaît bien, maintenant, le style de gestion financière que privilégiait le gouvernement Alward: compression des dépenses de l’appareil gouvernemental, en ressources humaines et en livraison de programmes, maintien des impôts et des taxes le plus bas possible «pour attirer des investisseurs et créer un climat propice aux investissements». Il n’y a que la première partie de cette stratégie qui a fonctionné: à sa dernière année, le niveau des dépenses du gouvernement du Nouveau-Brunswick sous l’administration Alward avait diminué. Si le déficit est resté important, c’est que les revenus ont diminué à un rythme qui a rendu impossible l’équilibre budgétaire visé par messieurs Alward et Higgs. La dette a continué à augmenter, et plus elle augmentait plus le gouvernement soulignait l’urgence de la contrôler. Réélu, il est clair que la poursuite de ces deux objectifs, réduction de la dette et équilibre budgétaire, aurait toujours été à l’agenda du gouvernement Alward.

Faut-il s’occuper de la dette et tendre vers l’équilibre budgétaire? C’est la voie responsable à prendre. Tout le monde s’entend. Là où on ne s’entend pas, c’est à quel rythme progresser vers ces objectifs.

Quand on compare la dette nette du Nouveau-Brunswick en pourcentage de son produit intérieur brut, de son activité économique si vous préférez, en Atlantique seule Terre-Neuve-et-Labrador affiche un pourcentage plus bas que le Nouveau-Brunswick: au 31 mars 2013, nous étions à 35 %, la Nouvelle-Écosse à 36,3 %, l’Î.-P.-É. à 35,5 % et Terre-Neuve-et-Labrador à
25,4 %. Pour la même période, la dette du fédéral par rapport au PIB du Canada se situait à 36,9 %.

Si la situation est plus alarmante au Nouveau-Brunswick par rapport à celle du pays, c’est que certains facteurs de la dynamique économique de notre province ne se présentent pas à l’échelle du pays. L’activité industrielle a diminué constamment au Nouveau-Brunswick, alors qu’au pays le secteur des ressources de l’Alberta, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique n’ont cessé de croître. Alors que notre population décroît ou stagne, la population de l’Ouest, et du pays en général, de même que l’activité économique augmentent toujours.

Si dans certaines régions du pays les gouvernements peuvent compter sur une création d’emplois constante engendrée par un secteur privé vigoureux, ce n’est pas notre situation. Le gouvernement Alward comptait sur des investissements privés «imminents», qu’il évaluait à 10 milliards $, pour relancer le Nouveau-Brunswick sur la voie de la prospérité. De son côté, le chef libéral et premier ministre élu, Brian Gallant, s’est engagé à des investissements dans les infrastructures, étendus sur six ans, une stratégie qui veut constituer la graine de la croissance de l’emploi dans la province.

Dans les comtés bleus, dans le sud de la province qui abrite les trois grandes villes, on est convaincus que les investissements du secteur privé se matérialiseront et que nous aurons le meilleur des deux mondes: un gouvernement qui dépense moins, donc qui taxe moins et qui profite de la croissance du secteur privé qui crée des emplois.

Dans les comtés rouges, où les régions rurales et francophones constituent la majorité du gouvernement Gallant, les électeurs ont opté pour une approche au développement économique stimulé par le gouvernement en partenariat avec le secteur privé, au risque de retarder de quelques années le retour à l’équilibre fiscal, mais ponctué d’une augmentation de la création d’emplois. Si le premier ministre désigné atteint les objectifs que fixe sa plateforme électorale, en septembre 2015 il devrait y avoir 5000 nouveaux emplois créés au Nouveau-Brunswick. Les citoyens ont les yeux rivés sur cet objectif, marqué dans le calepin de l’électeur.