La priorité ignorée

Pendant que nous débattions des lendemains de nos élections au Nouveau-Brunswick, notre premier ministre à Ottawa, Stephen Harper, jaugeait comment aborder l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies à New York, tout en mesurant l’effort militaire que le Canada devrait fournir pour satisfaire la demande des États-Unis à l’effort de guerre contre l’organisation du groupe armé État islamique.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait aussi invité les chefs d’État à discuter, la semaine dernière à New York, des mesures à prendre pour lutter contre les changements climatiques. Selon les remarques du secrétaire général en ouverture de session, les changements climatiques «menacent la paix et la prospérité pour des milliards de personnes». Il a ajouté ceci: «Aujourd’hui, nous devons engager le monde sur une nouvelle voie. Nous ne sommes pas ici pour parler. Nous sommes ici pour écrire l’Histoire.»

Mais Stephen Harper ne croit pas que les changements climatiques menacent la prospérité. En fait, selon ses déclarations précédentes maintes fois répétées, il croit plutôt le contraire: des mesures significatives de lutte aux changements climatiques menacent la prospérité du Canada. Alors il a choisi de ne pas participer au sommet, ne se rendant à New York que pour s’adresser à l’assemblée des Nations Unies, deux jours après le Sommet des Nations Unies sur les changements climatiques.

En dépit des études qui documentent amplement l’effet des gaz à effet de serre sur le climat, Stephen Harper et son gouvernement ont choisi il y a déjà plusieurs années de résister aux faits et de maintenir une position qui, essentiellement, dit à la communauté internationale et à l’Organisation des Nations Unies: vous vous énervez pour rien, les changements climatiques, ce n’est pas si grave, ni si urgent.

Après avoir lu le discours du premier ministre Harper, on est en droit de se demander s’il valait le déplacement. Pas à notre avis. Comme ce fut largement rapporté par la presse vendredi dernier, c’est devant une salle pratiquement vide que le premier ministre canadien a prononcé son discours. Il n’est pas le premier chef d’État canadien à parler devant une salle abandonnée: Jean Chrétien et Paul Martin l’ont fait avant lui. Ce que l’on remarque de notre premier ministre actuel, c’est sa tendance devant l’auditoire canadien à vouloir se donner une importance sur la scène internationale qu’il n’a pas dans les faits.

C’était le cas à la réunion des pays de l’OTAN pour discuter du dossier du conflit entre l’Ukraine et la Russie. Pour forcer la main à la Russie et dénouer l’impasse, les États-Unis avaient invité des joueurs clés à discuter de l’attitude à adopter et des actions à poser: l’Angleterre, la France, l’Allemagne avaient été invitées à la réunion, mais pas le Canada. Le premier ministre Harper avait profité de son absence à la réunion pour tenir une conférence de presse à laquelle il avait annoncé une aide de 1 million $ à l’Ukraine «pour moderniser» son équipement militaire. Trois millions de dollars en aide humanitaire avaient aussi été promis, avant la rencontre des pays de l’OTAN au début septembre.

Pendant un certain temps, les Canadiens ont cru au discours du gouvernement Harper selon lequel ses positions sur les questions environnementales visaient à protéger le Canada, sa prospérité et le bien-être des citoyens. Ce n’est plus le cas. Le taux d’approbation du travail du premier ministre n’a cessé de diminuer, partout au Canada, sauf en Alberta. Selon les répondants à un sondage Abacus mené à la mi-août, 45 % des Canadiens n’approuvent pas le travail du premier ministre, contre 28 % qui l’approuvent.

Le premier ministre Harper ne peut ramer indéfiniment contre le courant d’opinion de la majorité des Canadiens. Mais tout porte à croire que Stephen Harper est convaincu que, le jour des élections fédérales venu, les électeurs le choisiront pour continuer à mener les destinées du pays. C’est possible, mais improbable s’il persiste à croire que les électeurs ont tort et que seules ses opinions ont droit de cité.