Entre la mission humanitaire et militaire

Il n’y a pas de doute, le groupe armé État islamique (ÉI) a posé des gestes et entretient un discours devant lesquels la communauté internationale ne peut pas rester inerte. Les exécutions spectaculaires visaient à provoquer l’Occident, l’Amérique surtout. L’objectif a été atteint. Mais entre l’ÉI et l’Ebola, quelle est la menace la plus importante dans les prochains mois? Qui abattra le plus d’humains d’ici la fin de l’année?

Selon l’agence américaine Centre for Disease Control (CDC), depuis le début de l’éclosion de l’Ebola en Afrique de l’Ouest, un peu plus de 6500 personnes ont été infectées, et un peu plus de 3000 sont décédées. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) «La flambée qui sévit actuellement en Afrique de l’Ouest (dont les premiers cas ont été notifiés en mars 2014) est la plus importante et la plus complexe depuis la découverte du virus en 1976.» Dans le tableau des éclosions de cette fièvre hémorragique depuis 1976, le plus grand nombre de victimes enregistrées a été en Ouganda en 2000: 425 cas identifiés, 224 décès enregistrés. Les premiers cas de l’épidémie qui sévit principalement au Libéria, en Guinée et à la Sierra Leone ont été identifiés en mars, il y a six mois.

S’il a fallu, au printemps, quelques mois avant d’atteindre le cap des 1000 victimes de l’Ebola, il n’en faut plus que quelques semaines. L’étendue de l’épidémie s’accélère et avec elle, évidemment, le nombre de victimes. La semaine dernière, l’OMS estimait que si on n’installe pas immédiatement plus de centres d’accueil et de mise en quarantaine des malades dans les régions où la fièvre fait ravage, d’ici la fin du mois c’est 20 000 cas d’Ebola qu’il faudra tenter de contenir. À raison d’un taux moyen de mortalité de 70 %, d’ici le début de décembre on pourrait dénombrer 14 000 victimes. L’OMS est même allée jusqu’à prévoir 1,4 million de cas d’infection au début de l’an prochain si de ressources additionnelles ne sont pas mises en place pour contenir l’épidémie.

Les Occidentaux ont tendance à oublier les catastrophes qui ne les touchent pas directement. Nous avions bien entendu parlé ou lu quelques articles sur le nombre croissant de victimes en Afrique de l’Ouest, mais c’est quand on a soupçonné que des cas de la fièvre hémorragique ont été décelés en Amérique que les autorités politiques ont pesé sur le bouton de panique. Fallait-il réellement que le danger frappe à notre porte pour reconnaître l’ampleur sous-estimée du drame humain contre lequel luttent de trop insuffisantes ressources en Afrique de l’Ouest?

Le Canada s’implique, mais il semble bien que les autorités politiques canadiennes avaient sous-estimé la gravité de la situation. Jusqu’à ce que le ministre canadien du Développement international, Christian Paradis, annonce la semaine dernière que le Canada débloquait 30 millions $ pour lutter contre l’Ebola en Afrique de l’Ouest, la contribution du Canada s’était limitée à un million et demi de dollars…

Mais pour répondre à l’appel du président Obama quant à la lutte à livrer au groupe armé État islamique en Irak et en Syrie, le Canada dépensera beaucoup plus qu’il ne le fait pour combattre la fièvre en Afrique de l’Ouest. L’intervention du Canada en Libye avait coûté 103 millions $. Mais les porte-parole du gouvernement Harper, Peter MacKay en tête, ont caché le plus longtemps possible aux parlementaires canadiens les coûts réels de la mission en Libye. Ce petit jeu de cache-cache est du même acabit que la saga du coût des F35: le gouvernement cache les coûts réels jusqu’à ce que les comptes publics démontrent le contraire de ses affirmations.

Bien sûr, il faut combattre, abattre les terroristes qui ne respectent pas l’humanité. Il est toutefois plus urgent de contenir dans un premier temps et d’enrayer le plus rapidement possible la fièvre hémorragique qu’est l’Ebola.