Une autre croisière vers le changement?

Cet après-midi, le premier ministre, Brian Gallant, et ses 12 ministres seront assermentés. Un Cabinet de 13 ministres dont la taille, réduite à ce point, a fait les manchettes: la taille du Cabinet n’a jamais été aussi modeste depuis Louis J. Robichaud. Le cercle du pouvoir est donc restreint, très restreint.

Le message que cela envoie est on ne peut plus clair: le gouvernement Gallant fonctionnera avec un minimum de moyens et tentera de faire mieux avec peu. Deux perspectives sur cette décision: la première ne touche que le caucus libéral, la seconde la population.

Certains vieux routiers du Parti libéral, parmi lesquels certains ont été les premiers à appuyer Brian Gallant dans sa campagne à la direction du parti, n’accéderont pas au Cabinet. Comprendront-ils les motifs qui les écartent d’un poste de ministre? Publiquement, la plupart, sinon tous ceux qui ont été écartés diront que leur patron a fait un bon choix, qu’ils acceptent cette taille très réduite du Cabinet. Ils n’ont pas le choix que de l’accepter s’ils veulent y entrer éventuellement, soit par l’augmentation des sièges au Cabinet, soit par un remaniement. Mais en privé, il n’y a pas de doute que certains députés seront déçus, convaincus qu’ils méritaient de faire partie de ce Cabinet. L’ingratitude en politique ne provient pas toujours de l’électorat penseront-ils…

Du point de vue de la population, Brian Gallant annonce, en quelque sorte, un gouvernement qui vivra modestement. L’équipe réduite de ministres devra trimer dur. Les responsabilités des ministres seront multiples.

Si la décision d’opter pour un Cabinet au nombre réduit de ministres attirera au premier ministre Gallant des félicitations pour son intention d’adopter pour le gouvernement un train de vie modeste, peut-être plus à la hauteur des finances publiques de la province, il faudra voir dans les premières semaines du gouvernement Gallant s’il nous annoncera que les contribuables du Nouveau-Brunswick ont gagné une autre merveilleuse croisière au pays de la restructuration.

Si nous n’avons pas d’objection à ce que le premier ministre confie plusieurs ministères à la plupart de ses ministres, une restructuration, une autre, de l’appareil gouvernemental nous apparaît moins pertinente et, surtout, moins urgente.

Ceux qui ont lu le programme électoral du Parti libéral, Un Nouveau-Brunswick en marche, auront retenu que les priorités du gouvernement Gallant sont censées se concrétiser par des investissements stratégiques pour stimuler l’emploi et la croissance économique, d’offrir de meilleurs services en santé, un meilleur système d’éducation, plus d’imputabilité et de transparence de la part du gouvernement. Le programme prévoyait aussi une réduction des dépenses du gouvernement avec l’intention d’assainir les finances publiques du Nouveau-Brunswick. Nulle part, cependant, on ne fait référence à une restructuration majeure du gouvernement et de ses ministères.

Chaque fois qu’un gouvernement s’engage sur la voie d’une restructuration majeure de ses ministères, on entend les mêmes arguments, et on constate les mêmes résultats. On veut restructurer pour être plus efficace, plus efficient et réduire les coûts à long terme. On constate que la restructuration, en plus de coûter toujours plus cher que prévu, ralentit et paralyse même, pendant un an et demi ou deux ans, la livraison des services par le gouvernement. Au bout du compte, les coûts de la restructuration prennent tellement de temps à s’amortir qu’on ne réalise jamais les économies envisagées à l’origine. Sans passer par une restructuration, le gouvernement Gallant pourrait toutefois procéder à chercher des économies «grâce à une étude stratégique indépendante basée sur le modèle avec lequel le budget fédéral a été équilibré avec succès dans les années 1990», comme il l’a énoncé dans son programme. Faut-il rappeler que l’atteinte de l’équilibre budgétaire dans les années 1990 a été très dure sur les structures de gouvernance locale. Le gouvernement Gallant forcera-t-il les municipalités à taxer davantage leurs contribuables pour corriger le manque à gagner par un financement moins généreux du gouvernement provincial? Restons à l’écoute.