La proximité qui éveille

Quand le personnel du CHU Dr-Georges-L.-Dumont a dû déployer tout le protocole de crise infectieuse au cas où un patient serait atteint de la fièvre Ebola, le drame qui frappe l’Afrique de l’Ouest est soudainement devenu une préoccupation locale pendant quelques heures. Les craintes ont été vite écartées, la population rassurée, mais on a senti un vent d’inquiétude durant ces quelques heures.

Quand on fait face à une maladie aussi meurtrière que l’est la fièvre Ebola, l’inquiétude qui s’ensuit est tout à fait normale. Cette souche de la fièvre, qui prévaut en Afrique de l’Ouest depuis maintenant une dizaine de mois, est particulièrement virulente, comme en font foi les statistiques sur les cas déclarés de fièvre et les morts recensés.

Quand nous avons évoqué les ravages de la fièvre Ebola la semaine dernière, un peu plus de 6500 personnes avaient été infectées, et un peu plus de 3000 personnes étaient décédées des suites de la fièvre. Le rapport d’étape du 8 octobre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte que le total de cas avérés s’élève maintenant à 8011, alors que le nombre de mortalités observées s’établit maintenant à 3857, 400 de plus que la semaine dernière. En fait, au cours des 21 derniers jours, près de 2800 nouveaux cas d’infection ont été confirmés, c’est-à-dire un peu plus du tiers des cas dénombrés depuis l’éclosion initiale.

La très grande majorité des cas est concentrée dans trois pays: le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. C’est au Libéria cependant qu’on recense le plus de cas et de morts: au Libéria, on recense la moitié des cas de fièvre de ces trois pays, et 57 % des morts.

Ce n’est pas par hasard qu’on observe plus de mortalités au Libéria et en Sierra Leone qu’en Guinée. La communauté internationale n’a pas encore réussi à installer suffisamment de centres de traitement et d’isolation pour répondre à la demande créée par l’épidémie. Alors qu’en Guinée la capacité actuelle d’accueil et d’isolation correspond à
76 % des cas de fièvre recensés, au Libéria, le nombre de lits disponibles ne représente que 21 % des lits dont on aurait besoin pour traiter les cas identifiés et confirmés. En Sierra Leone, ce n’est pas beaucoup mieux: on ne dispose que de 26 % des lits qu’il faudrait pour répondre aux cas en attente.

La pénurie de lits d’accueil pour les gens atteints de la fièvre a comme conséquence directe de refouler des gens infectés et de les laisser à leur sort, c’est-à-dire de mourir sans pouvoir obtenir de soins.

Il y a bien un vaccin qui offre la possibilité, mais pas encore la certitude, de guérir des gens atteints de la fièvre Ebola. Le Canada avait annoncé il y a un mois qu’il enverrait un millier de vaccins en Afrique de l’Ouest, mais un problème de propriété intellectuelle empêche l’OMS de le distribuer. NewLink Genetics, selon le magazine Sciences, une petite société pharmaceutique installée en Iowa, craint de perdre la propriété intellectuelle qu’elle détient sur le développement du vaccin au stade actuel. En travaillant avec toute la communauté scientifique qui se penche sur le développement d’un vaccin contre la fièvre Ebola, la société américaine craint de perdre les revenus de la production du vaccin. NewLink Genetics a déclaré qu’elle travaille le plus vite possible pour produire d’autres vaccins, mais ses capacités limitées de production en réduisent la disponibilité bien en deçà des besoins actuels en Afrique de l’Ouest.

Pendant ce temps, les États-Unis et le Canada ont comme priorité de monter une alliance militaire pour combattre par la voie des airs le groupe armé État islamique. Les ressources financières nécessaires pour cette mobilisation militaire, tout le monde le sait, se compteront en milliards de dollars, dont une fraction contribuerait à améliorer sensiblement la lutte contre la fièvre Ebola. Nous réitérons l’urgence d’agir pour éradiquer cette fièvre meurtrière.