Le calme après la tempête?

La Commission des plaintes du public contre la GRC procède à la révision des événements de l’automne dernier à Rexton, où manifestants et policiers se sont surveillés pendant de longues semaines avant un affrontement qui a mené à des mises en accusation de manifestants devant les tribunaux. Est-ce que la position du gouvernement Gallant sur l’exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick contribuera à maintenir la paix sociale sur la controverse? Peut-être.

Pour le moment, on ne peut trouver sur le site Web de la Commission des plaintes une évocation quelconque de l’enquête qu’elle mène dans cette affaire. Selon le porte-parole de la commission, celle-ci a reçu 35 plaintes liées au comportement de la police fédérale durant les manifestations contre la société SWN Resources, qui procédait à des sondes sismiques dans la région de Rexton. Des agents de la commission recueillent les déclarations des plaignants et ces témoignages seront comparés aux déclarations des policiers présents sur les lieux et aux archives vidéo et photographiques des événements.

Pour le gouvernement Gallant, tout ce dossier de l’exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick constitue un dossier très sensible, un dossier chaud à propos duquel il risque de se brûler les doigts s’il ne procède pas avec précaution. Comme parti d’opposition, le Parti libéral a exercé son droit d’expression sur le dossier. Maintenant qu’il forme le gouvernement, les décisions et le discours du gouvernement Gallant sont conditionnés par les obligations légales du gouvernement du Nouveau-Brunswick à l’endroit des sociétés gazières qui se sont acquittées de leurs obligations administratives en acquérant les permis nécessaires à leurs activités et en payant les droits prévus à ces permis.

Selon ce que le gouvernement Alward avait annoncé, la SWN Resources serait de retour en 2015 pour continuer son exploration (par sondes sismiques) et évaluer les régions les plus prometteuses en matière de gisements de gaz de schiste. En campagne électorale, le premier ministre Gallant avait affirmé que si les activités d’exploration visaient à éventuellement procéder à la fracturation hydraulique pour exploiter les gisements ainsi identifiés, les permis d’exploration ne seraient pas livrés. Il n’est pas clair pour nous si la SWN Resources et d’autres sociétés ont déjà en main des permis d’exploration qui les autoriseraient à reprendre leurs activités d’exploration.

Par contre, il est tout à fait logique que le gouvernement Gallant ait l’intention de ne pas délivrer de permis d’exploration s’il compte maintenir un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick. Si les dirigeants des sociétés gazières ont suivi de près la campagne électorale, et on doit supposer que c’est le cas, même si leurs permis sont valides, décideront-ils de se battre contre un gouvernement qui s’est publiquement engagé à ne pas permettre d’activités liées au gaz de schiste tant qu’il ne sera pas clairement établi que ça peut «se faire de façon sécuritaire»?

Si l’industrie gazière réussit à convaincre le gouvernement Gallant qu’on peut exploiter le gaz de schiste de façon sécuritaire, sans mettre en péril la qualité de l’air et de l’eau, sans avoir à entretenir d’immenses bassins de sédimentation pour les liquides toxiques utilisés dans la plupart des méthodes de fracturation hydraulique, l’opinion de la majorité des opposants ne changera probablement pas. Il faudrait, pour être acceptées au Nouveau-Brunswick dans le contexte politique actuel, que les techniques d’extraction aient connu toute une révolution technologique. Pour le moment, nous n’avons pas pris connaissance d’informations rassurantes à ce chapitre.

Tout ça pour dire que le dossier reste controversé et continue d’être un foyer de discorde. Pendant que la Commission des plaintes du public contre la GRC avancera dans son enquête et la rédaction de son rapport, le gouvernement Gallant continuera d’être coincé entre les demandes des entreprises du Nouveau-Brunswick déjà impliquées dans le gaz naturel et les opposants à l’exploitation du gaz de schiste. Ceux-ci exercent une veille de tous les instants, la descente dans les rues susceptible de revenir au moindre signe d’encouragement à l’industrie du gaz de schiste.