Les avantages et les conséquences

C’est parfaitement normal, quand le prix de l’essence à la pompe pique du nez, nous sommes satisfaits. Nous nous disons qu’il était temps que ça baisse. Étonnant, quand même, que nous considérons qu’à 1,20 $ le litre, c’est une aubaine. Il n’y a pas si longtemps on ne croyait pas que le prix de l’essence à la pompe se maintiendrait très longtemps au-dessus d’un dollar le litre.

La baisse d’une dizaine de cents le litre en une dizaine de jours est sans aucun doute un répit apprécié par ceux qui doivent voyager tous les jours avec leur voiture pour se rendre travailler ou étudier. Dans les régions rurales où le transport en commun est absent, les frais de transport constituent un élément de dépenses important.

Si les consommateurs souhaitent que le pétrole se maintienne au prix actuel ou plus bas, certains gouvernements provinciaux, l’Alberta en tête, s’inquiètent que le prix reste aussi bas.

Au fil des ans, le Canada a sensiblement augmenté sa production de pétrole. Une large proportion de cette augmentation provient de sources dispendieuses à exploiter: les sables bitumineux et l’exploitation de puits de pétrole en haute mer ou, si vous préférez, l’exploitation extracôtière. Ces exploitations demandent, pour être viables, un prix du baril de pétrole tout près de 80 $. Nous y sommes. Si le prix devait continuer à plonger, la viabilité de ces exploitations est menacée… temporairement.

Interviewé par La Presse Canadienne, le professeur à l’Université Carleton et ex-haut fonctionnaire au ministère des Finances du Canada, Scott Clark, rappelait hier que les revenus du gouvernement du Canada sont extrêmement sensibles à la variation du prix du pétrole. Le professeur Clark se dit donc très surpris de l’optimisme dont fait preuve le ministre des Finances du Canada, Joe Oliver.

Interrogé sur l’effet que pourrait avoir la baisse du prix du pétrole sur les réductions d’impôt qu’il envisage, le ministre Oliver a réitéré son intention de faire profiter les contribuables canadiens d’une baisse d’impôt, ne manifestant aucune inquiétude quant à la perspective que le prix du pétrole reste au niveau actuel. Dans les circonstances, le professeur Clark peine à comprendre l’optimisme du ministre fédéral des Finances.

Mardi, un quotidien de Toronto rappelait que dans un rapport sur les effets du baril de pétrole à 85 $, l’économiste de la Banque de Montréal, Robert Kavcic, prévenait que l’Alberta souffrirait le plus d’une longue période d’un prix affaibli, suivi par la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador. On pourrait ajouter la Nouvelle-Écosse. L’économiste estime que les revenus de l’Alberta pourraient être à court d’un milliard deux cents millions de dollars par rapport aux prévisions.

Un autre économiste de la même banque, Douglas Porter, indique toutefois que la chute de la valeur du dollar canadien par rapport au dollar américain amoindrit l’impact négatif appréhendé par le prix du baril de pétrole en déclin.

On se rappellera que le gouvernement Harper avait sévèrement critiqué Thomas Mulcair d’avoir affirmé sur la place publique que l’économie canadienne souffrait du syndrome hollandais, le pétrole de l’Ouest faussant l’état réel de l’économie du pays. Si le jugement de M. Mulcair, qui était partagé par certains économistes, s’avérait, une longue période d’un faible prix de l’essence aurait un impact négatif important sur l’économie, tant dans l’Ouest que chez nous. Un prolongement d’un prix inférieur à 90 $ CA le baril de pétrole pourrait nous pousser vers une minidépression économique.

Oui, c’est une satisfaction et un soulagement pour le portefeuille individuel quand le prix de l’essence à la pompe baisse de façon significative. Mais sur le plan de la société canadienne, c’est, malheureusement, une mauvaise nouvelle.